
Chapitre dixième, (Irina) :
Cela faisait une semaine qu’il ne s’était pas montré. Pas devant moi, en tout cas. Les cours que nous avions en commun, il les avait évités, et je ne l’avais même pas aperçu au tournant d’un couloir. Je ne comprenais pas. Etait-il malade ? Etait-il… en train de m’éviter ? Cette pensée là était un peu douloureuse, je n’aimais pas l’envisager. Mais quoi qu’il en soit je devais me rendre à l’évidence ; aucune trace de Vitaly Wolkoff.
J’essayai d’aborder le sujet avec Nikolaï, mais il s’en tirait toujours avec un sourire évasif qui ne faisait rien d’autre que prolonger au bout de ses lèvres mes doutes, mon inquiétude, et ma frustration. Emelian et Stanislav n’avaient, soi-disant, aucun renseignement. Ils n’avaient pas répété de la semaine avec le groupe.
A cette pensée, je me souvins de la chanson que j’avais entendue, la semaine dernière. C’était vraiment beau, magique. Vitaly avait vécu l’instant présent comme un monde dont il n’aurait pas voulu partir, ça se voyait, et ça touchait, ça prenait aux tripes. Il avait une très belle voix. Mais au-delà de ça, il avait une voix qui souffrait, et on le sentait dans ses chansons plus que jamais. Parfois, à l’envolée de certaines notes, il agonisait presque. C’était comme s’il ressentait chaque accord de guitare, qu’il les prenait en son cœur fermé l’espace d’un instant. C’est unique.
Enfin, le chanteur avait disparu. Je m’en souciais, premièrement parce que Vitaly n’était pas le genre de garçon qui n’attire pas les ennuis, je me l’imaginais parfaitement empêtré dans je ne sais quelle galère, et deuxièmement, eh bien tout simplement parce que c’était une personne à qui il était agréable de parler et de partager des cours, s’il ne s’amusait pas à vous poignarder du regard.
J’avais l’impression de ne pas trop recevoir ses foudres. Ses yeux bleus, très, très bleus, étaient bien sûr distants, glaciaux, mais je comprenais que ce n’était pas une attaque personnelle. Et si Vitaly était très intéressant, en tant que personne… ses yeux l’étaient tout autant. Mais ses yeux n’étaient plus là depuis plusieurs jours.
Il ne me restait plus qu’une solution, qui ne m’enchantait pas, que j’avais évité du mieux possible, mais qui était mon dernier recours ; Kirill.
Je n’avais pas envie de le voir, tout simplement parce j’étais mal à l’aise, et que ces derniers temps, il se comportait étrangement avec moi. Il se comportait comme dans les premiers temps où nous nous étions rencontrés, attentif, charmeur, attentionné… mais je n’y croyais pas. Et malgré tout mon cœur battait très fort dans ces moments là.
Cependant la présence de Vitaly lorsque Kirill semblait me faire des avances me donnait envie d’être hermétique à tout ça. J’avais honte de me laisser emporter par mes émotions lorsque le jeune homme était là, et que son frère me faisait rougir à la moindre parole.
Ainsi j’avais évité Kirill toute la semaine en raison de l’absence de Vitaly, aujourd’hui je devais aller le trouver, car lui seul, j’en étais sûre, pouvait me renseigner.
J’arrivai devant la salle des pions, lançai un coup d’œil par la serrure, assez importante pour permettre d’y voir de l’autre côté. Il était là, mon cœur partit. Il semblait être seul. Je voulus frapper cependant mes membres étaient figés. C’était comme prendre une décision primordiale, et ne pas arriver à se décider, tout en sachant que la mort attendait un mauvais choix.
Puis, je l’entendis dire quelque chose. A quelqu’un, sans aucun doute. Peut-être était-il au téléphone, raison de plus pour ne pas entrer le déranger. Mais… entendre sa voix c’était… comme un appel. Kirill, je ne pouvais pas ignorer ces mouvements de mon âme dès qu’il passait près de moi, dès qu’il me parlait à voix basse, dès que je sentais son contact… parce que Kirill était un salaud la plupart du temps, mais je l’avais déjà vu sincèrement blessé, replié sur lui-même dans cette même pièce, lorsqu’il se pensait seul, et une fois j’avais même osé entrer, et il ne m’avait pas hurlée dessus, il m’avait simplement serrée très fort dans ses bras, enfoui sa tête contre ma poitrine, sans pleurer, mais secoué de spasmes étranges.
C’était la seule fois où je l’avais vu vulnérable. Il m’avait demandé d’oublier ça, de n’en point parler, je lui avais obéi. En fait, en arrivant ici, Kirill ressemblait un peu plus à Vitaly qu’il ne se ressemblait à lui-même, à son lui d’aujourd’hui. Mais bien qu’ils fussent frères, bien que Kirill n’eut pas toujours été cet être de méchanceté incernable, il n’avait rien d’aussi captivant que son jeune frère. Il lui avait toujours manqué ce que je voyais et ressentais très fort chez Vitaly ; au fond, une tendresse subsistante, dont il n’avait pas conscience.
Bon, il était temps de me décider. J’optai pour l’entrée rapide, sans même frapper, car en général personne ne frappait jamais pour entrer dans la salle des pions.
Je fis donc irruption, le regard gros de Kirill se tourna immédiatement en ma direction, et je pus voir l’identité de son interlocuteur… Vitaly.
Le jeune homme brun me fixa également, mais sa façon de le faire était différente, il semblait me toiser plus qu’autre chose, cependant les traits de son visage restaient apaisés. Sans doute me faisais-je des idées.
- Oh…, lançai-je. Désolée. Je voulais justement demander à Kirill où tu étais…
- Pas de mal, m’assura ce dernier avec un large sourire. Vitaly était juste un peu malade ces derniers jours, il est venu justifier ses absences avec moi pour l’administration. Tu es plus jolie que d’habitude aujourd’hui, ajouta-t-il comme si c’était parfaitement normal.
Je rougis sans attendre, et baissai la tête, parce que les deux frères étaient présents, et que je détestais le regard de Vitaly lorsqu’il me voyait totalement sous l’emprise de Kirill.
Arrête de rougir… arrête de rougir… mais Kirill savait se montrer si affectueux et attachant… mais il n’était pas vraiment comme ça. Alors pourquoi se comportait-il ainsi avec moi ? Ses gentils mots, ses gestes attentionnés, ils me faisaient sourire malgré tout, malgré moi. Mais la pensée de Vitaly faisait disparaître ce sourire.
- Merci, marmonnai-je.
Alors, avant même que je ne m’en rendisse compte, une main attrapa la mienne, et m’entraîna hors de la salle avec elle. Il n’y eut aucun mot pour Kirill resté derrière, et Vitaly ne cessa pas de me tirer derrière lui avant d’avoir atteint le premier étage du lycée. Puis il s’arrêta, se tourna vers moi.
- Fais attention à Kirill, toi, lança-t-il, presque agressif.
Je ne savais pas quoi dire. Mes jambes tremblaient, j’avais l’impression qu’il me traînait encore. Qu’il me faisait encore courir. J’aurais aimé qu’il continue, sans doute. Qu’il m’entraîne loin.
- Je…
- Je ne vais pas t’empêcher de l’aimer où quoi que ce soit, mais écoute moi bien gamine, il joue avec toi, d’accord ?! Et si je te dis ça c’est parce que j’en ai marre de voir mon frère foutre la merde et détruire des gens partout où il passe !
Je l’avais vu furieux. Furieux, mais froid. Aujourd’hui, il criait presque, il était tétanisant. Tétanisant, et pourtant j’avais cette inexplicable envie de me réfugier au creux de ses bras, parce que s’il provoquait ma peur, il pouvait aussi la calmer. Mais personne d’autre.
- Je sais, répondis-je. Je ne crois pas à son manège, et je ne l’aime pas.
Il eut un ricanement sans joie. Moi je restais bloquée sur l’utilisation du mot « gamine », qui ne m’avait absolument pas plut, surtout venant de lui. J’ajoutai donc, à voix basse, que je n’étais pas une gamine, et il tenta un sourire en coin, en me disant que j’étais trop petite par rapport à lui, et que dans les moments où il était en colère, qu’il me protégeait – en l’occurrence de Kirill –, je lui faisais penser à une petite fille. Je ne savais pas comment je devais le prendre, mais je préférais ne pas faire trop de commentaire. Il disait qu’il me protégeait. Ça me faisait plaisir.
Alors nous nous mîmes à parler un peu, je lui demandai s’il se sentait mieux que la semaine qu’il venait de passer, il répondit que oui. En fait, à chacune de mes questions, il répondait de manière très courte, par un oui, un non, un je ne sais pas. C’était différent de toutes les conversations que l’on avait pu avoir ; il ne s’investissait pas, il pensait à autre chose, il… n’était pas vraiment… là.
- Vitaly ? M’enquis-je après un silence.
C’était comme si mes mots l’avaient fait sursauter, et qu’il reprenait conscience de ma présence. Il posa directement ses yeux dans les miens, et j’eus pour ma part un réel sursaut ; il y avait dans ces iris bleu ciel une violence qui cette fois-ci n’était pas destiné à tout le monde, mais bien à moi. Une violence, une colère, une souffrance, une torture, tout ça c’était pour moi. Je fis un pas en arrière, sans y penser, et alors il sembla se rendre compte de son expression, qui changea, qui redevint plus douce, mais aussi plus distante que le seuil d’intimité que j’avais réussi à atteindre avec lui.
On aurait dit une panthère autrefois apprivoisée, qui avait tout oublié de nos échanges. Mais dont les souvenirs lui revenaient parfois par bribes. Ainsi son animosité, son agressivité, il finissait par les regretter, et se reprenait. Mais cela n’effaçait aucunement la peur que je venais de ressentir.
Il avait changé. Je ne savais pas pourquoi, mais il avait changé. Et ce changement me fit brusquement très mal. Vitaly vit mes traits se crisper. Il commença à avancer sa main en ma direction, comme pour la poser sur mon épaule, mais son bras retomba. Je fis semblant de n’avoir rien vu. Alors il essaya de sourire, mais les commissures de ses lèvres ne voulaient pas s’étirer plus haut que l’ombre d’un croissant de lune. Un sourire sur son visage, à présent cela sonnait comme une fausse note. Alors qu’il m’en avait offert, des sourires, et qu’ils le rendaient toujours plus beau, toujours plus tendre. Pourquoi ne pouvait-il plus sourire, en me voyant ?
Ces questions qui se répétaient sans interruption me rendaient folle. J’avais la gorge coincée par une boule. Mon estomac se contractait, et par-dessus tout, là où j’avais le plus mal, c’était au niveau du cœur. Ça me frappa comme un coup de poing. Alors qu’il restait à la même distance de moi, j’avais l’illusion qu’il s’en allait, qui s’éloignait. Toujours, encore. Et je criais pour qu’il reste là, mais il ne m’écoutait pas.
C’était si atrocement insupportable que je compris quelque chose. Kirill. Vitaly. Pour les deux. Pour les deux j’avais des sentiments. Pour les deux. Kirill savait me faire frissonner à la moindre intonation, mais Vitaly me faisait plus souffrir que n’importe qui lorsqu’il me regardait avec ces yeux là.
J’avais envie qu’il les abandonne. Et pour cela, il fallait le débarrasser de cette brisure, quelque part en lui. Je posai ma main sur son bras droit. Je la laissai glisser de son épaule jusqu’à son poignet, et je touchai sa peau, car il portait une chemise noire dont il avait relevé les manches jusqu’au coude. Je tressaillis, et lui aussi.
Sans un regard de plus il fit demi-tour, marcha très vite et disparu en tournant à l’angle. Je me retrouvai seule, désemparée, heurtée, aussi. Je me sentis plus isolée que jamais. Il venait de disparaître, une seconde avant il était là, pourtant c’était comme s’il n’avait jamais existé, comme s’il ne s’était jamais tenu devant moi. Tout appartenait à un long rêve. Ses regards adoucis, ses rares sourires, ses expressions torturées qui s’effaçaient un peu lorsque nous parlions… j’arrivais à me convaincre que j’avais tout imaginé.
Mon cœur me faisait toujours mal. Je posai une main contre le mur froid à côté de moi, pour prendre appui, parce que j’aurais pu tomber.
Et puis alors je levai la tête et le vis réapparaître, à ce même angle où il avait disparu. Il me vit, à moitié courbée, une main sur le mur et une main sur mon cœur, regarder droit devant moi comme on regarde l’impossible. Il s’avança à grand pas, courut presque, et m’enveloppa dans ses bras, très fort, très très fort, en me caressant les cheveux, dans lesquels il noyait son visage.
- J’ai quelques problèmes familiaux ces derniers temps, me dit-il comme on s’excuse.
Il me lâcha, l’étreinte avait duré trois secondes, pris un pas de recul mais ne repartit pas.
- Je comprends, répondis-je.
Un silence gêné s’installa, mais au moins à présent je me sentais bien. Bien par sa présence. Il évitait de me regarder, peut-être était-ce mieux ainsi. Il était là.
Ces histoires de famille… elles semblaient lui prendre toute son énergie. Je l’étudiai plus attentivement et me rendis compte qu’il paraissait tout de même épuisé. Son visage était un peu cerné. Et sa façon d’être en général, plus lasse. Il avait une démarche plus lourde. Un intérêt plus vague quant à ce qui l’entourait. Il aurait voulu dormir, j’en étais persuadée.
- Tu n’as pas l’air étrangère à ce genre de problèmes, toi non plus, fit-il remarquer.
J’étais surprise. Avais-je fait passer une expression sur mon visage qui m’aurait trahie ? Un éclair de tristesse, de regret, de compassion qui appartient à ceux qui savent ce que l’autre traverse ? Je n’en savais pas grand-chose, mais vu l’insistance dans sa voix, il était persuadé d’avoir raison – et c’était le cas.
- Plus ou moins, répondis-je, évasive néanmoins.
- Parle m’en, somma-t-il.
On aurait dit un ordre, mêlé à de la curiosité. Je ne savais pas vraiment quoi répondre. Comme si mes quelques problèmes avaient une chance de l’intéresser, alors que je pouvais lire chez lui un drame, une expérience qui détruit plus qu’elle ne forge le caractère ? En parlant de caractère, Vitaly l’avait bien trempé, ça ne faisait aucun doute ! Il m’ordonnait de lui parler, il n’y avait pas d’autre mot. On entendait dans sa voix qu’il ne considérait pas de recevoir un refus.
- Ce n’est pas de moi qu’il s’agit, c’est de toi, soupirai-je, faisant mine de me détourner.
Il me rattrapa par le bras, le temps que je me retourne vers lu et m’immobilise, puis me relâcha.
- S’il te plaît, insista-t-il. Je préfère entendre parler de toi plutôt que le contraire.
Je ne savais pas ce que ça voulait dire. Il aurait pu sous-entendre qu’il en avait marre de parler de lui, ou qu’il n’avait pas envie de me mettre au courant de sa vie. Mais au delà de ça, c’était comme si ouvrir une infime partie de lui à moi le mettait en danger, comme si j’allais fuir, ou le juger, ou le mépriser. Je soupirai, résignée. Ça ne servait à rien d’argumenter, avec lui.
Alors je lui comptai l’histoire de ma mère, partie dès mes six ans, de son désintérêt total par rapport à ce que je pouvais devenir, de la dépression de mon père, de la fatigue de mon père, de la morosité de mon père… du malheur de mon père. Ce malheur qui teintait notre maison.
Dès que j’abordai ce sujet Vitaly sembla souffrir lui aussi, inexplicablement. Il fronçait les sourcils, avaient les traits crispés, les yeux pourvus d’une expression plus dure que jamais, dure et figés dans ses pensées, figées dans un passé proche, il m’en donnait l’impression. Toujours cette foutue impression. Car je n’étais jamais sûre de rien avec lui. Il était immobile. J’hésitai à poser ma main sur son épaule, de peur qu’il ne fuît à nouveau, mais je pris mon courage à deux mains. Il ne bougea pas à mon contact.
- Tu vas bien ? M’enquis-je avec douceur.
Il releva les yeux, qu’il accrocha encore aux miens. Un reste de colère subsista quelques instants puis s’évanouit totalement pour laisser place à un sentiment que je ne lui avais encore jamais vu ; la frustration.
Il avança d’un pas, je dus reculer. Il continua, continua d’avancer jusqu’à ce qu’il parvint à me coincer entre lui et le mur. Quel mur ? Je ne savais plus où j’étais. Je perdais le sens des réalités. Je n’avais que son parfum dans les narines, son visage devant mes yeux, et son nom dans ma tête. Il rapprocha son visage, lentement. Il ne me touchait pas. Ses bras m’entourait comme une prison humaine mais ses mains s’appuyaient au mur.
Il fut très près de moi, très rapidement, très lentement.
Il posa son front contre le mien, et ferma les yeux. Sa peau était brûlante, son souffle était un peu tremblant. J’étais statufiée.
Je crus – et crus seulement, bien qu’il me fut impossible de vraiment savoir – sentir ses lèvres effleurer les miennes, dans une caresse étonnement plus douce que ce que j’aurais pu penser de ce garçon si dur. Mais peut-être n’avait-ce été qu’un rêve. Au final, il déposa un baiser sec sur mon front.
- Pourquoi est-ce que c’est toujours si difficile de dire ce que l’on pense ? Demanda-t-il à mi-voix, frustré, désemparé, énervé, mais également pensif.
Je voulus répondre mais les mots ne vinrent pas. Il tourna les talons et s’en alla cette fois pour de bon.
Fin du chapitre dixième
Image
: Je sais pas mais
XD
-> C'est la
fiesta my frieeeends 
J'ai écrit la suite dans la matinée pour
me faire pardonner n_n j'espère que
vous avez aimééé ^.^ a bientôt normalement
<33333



et je risque... de devoir porter un tutu rose 

de plus, le prénom Leah est le prénom de ma cousine 







( sans vouloir te mettre la pression


Ein
jeu 03 déc 2009 23:40