
Chapitre onzième (Vitaly) partie 2/2 :
Notre chaîne humaine se brisa en apparence, mais pas en pensées.
Nous contournâmes la façade principale, connaissant l’endroit comme notre poche. Nous savions par où nous pouvions tenter une intrusion. Il y avait l’accès aux cuisines, situées aux sous-sols. La porte était très simple à déverrouiller.
- Vitaly ! M’interpela mon frère dans un chuchotement brusque.
- Quoi ?!
- Regarde, là-bas ! Il y a encore une lumière allumée. Va faire le guet, s’il fait mine d’entendre quelque chose, où de sortir, tu nous préviens !
Je ne cherchai pas à argumenter. Faire le guet ne m’enchantait pas, seulement il fallait avoir l’esprit pratique ; le défier maintenant, cela nous ferait perdre du temps, et je ne gagnerai rien. Alors je m’exécutai, repérant la lumière immédiatement. Je me glissai le long du mur de pierre, maudis ce contact forcé, jusqu’à parvenir en dessous de la fenêtre coupable.
Lentement, très lentement, je me relevai, en tentai d’apercevoir ce qu’il se passait à l’intérieur.
Un homme, dégarni, le peu de cheveux qu’il lui restait grisonnant, grand et maigre, assis à un petit bureau abîmé, penché sur une lettre qu’il écrivait. Ses sourcils froncés accentuaient les rides déjà bien prononcées de son front. Il paraissait accablé, malheureux. C’était le concierge. C’était… c’était…
Je ne voulais pas le dire. Je ne devais pas le dire. Ni même le penser. C’était le concierge, voilà tout. Le concierge. Pourtant, je ne pouvais pas prétendre que… je ne savais pas… ce qu’il était d’autre que le concierge de cet enfer. Je me résignai. J’étais la seule personne contre qui je ne pouvais pas lutter.
C’était le père d’Irina.
Cette pensée mise en place, je tentai de le voir de manière identique à avant, cependant je n’y parvins pas. Je ne savais pas si ce savoir ne rendait ma haine pour lui que plus forte, ou si, au contraire, elle l’atténuait. J’étais totalement perdu.
L’homme écrivait d’une main tremblante. Je devinais son écriture maladroite, un peu enfantine. Qui était le destinataire de cette lettre ? Sa fille – je ne voulais pas l’appeler par son nom –, peut-être ?
Plus il écrivait, plus mes souvenirs remontaient. Mes viols, sa présence, la détresse dans ses yeux à ma vue, mais son aide inexistante. Il était tout aussi responsable. J’avais toujours pensé ainsi. Et pourtant, aujourd’hui… je n’en avais pas envie. Je voulais changer d’opinion. J’étais prêt à tout pour faire preuve d’indulgence, je…
Mon cœur se serra alors si fort que je crus qu’il allait disparaître. L’homme, grand mais tellement fragile, explosa en larmes sur le bureau. C’est ainsi que je repris mes esprits.
Je ne devais pas changer d’opinion.
Je ne devais pas me laisser avoir par cette faiblesse là.
Malgré tout, tout ce que j’avais entendu d’Irina à propos de sa famille me revenait en mémoire. Je savais que la vie n’était pas tendre avec ce concierge. Je savais qu’il était misérable. Je savais tout, ou presque.
Mais ça ne changeait rien. Je ne devais pas faire preuve de compassion.
Alors je m’emplis de haine, et me forçai à me réjouir des larmes de cet enfoiré.
- Hé, pssst !
Je me retournai vivement, pour découvrir Stanislas, venu me chercher. Il m’indiqua que c’était bon, que la porte était déverrouillée.
Désireux de chasser cet homme de mon champ de vision, je me lançai à sa suite.
Je ne passerai pas mon temps à décrire les sentiments qui m’assaillirent dès que je me retrouvai à arpenter les couloirs froids de Tolstoï. C’était inutile, et impossible de vraiment décrire la douleur.
Tour à tour, nous entrâmes dans les salles de cours, après avoir dérobé les clés, dont nous savions parfaitement où se trouvaient celles de secours. Tour à tour, nous écrivîmes à la craie rouge des menaces sur les tableaux. Des rappels de notre existence, des traces des fantômes du passés. Sans donner nos noms évidemment.
Les élèves ne verraient jamais cela, mais nous nous en foutions. Ce qui nous intéressait, c’était les profs, et le prête.
Je dois avouer que tracer ces menaces avait un côté jouissif. J’étais guidé par un esprit machiavélique, je prenais plaisir à l’idée de terrifier des gens. La douleur me rendait fou, m’aveuglait.
Lorsque nous eûmes fait le tour de toutes les classes de tous les étages, sans entendre aucun bruit à priori, Kirill glissa le trousseau de clés dans sa poche, avec un sourire mauvais. Puis il se saisit d’un bout de craie qu’il avait conservé, et écrivit en très grand, sur un mur « A bientôt, mon père ».
Nous partîmes rapidement, mais en silence. Alors que nous nous apprêtions à nous fondre dans la nuit ambiante, j’eus soudain une idée. J’allais refermer la porte qui séparait les cuisines à l’extérieur, la liberté, lorsque je vis, non loin de la poignée, ce bouton rouge.
Nikolaï, qui m’attendait, vit ou déviait mon regard. L’attention des trois autres fut également attirée lorsqu’il me fit « non » de la tête. Mon frère s’interposa ; même lui ne m’encourageait pas. Mais rien n’allait m’arrêter. J’avais envie d’un scandale. Je voulais foutre le bordel. Je voulais que cet endroit soit sans dessus-dessous.
Alors j’appuyai.
- Barrez-vous ! Hurlai-je peu soucieux du bruit que je pouvais produire, lorsque l’alarme incendie s’occupait de réveiller tout le pensionnat.
Je crois bien qu’aucun de nous n’avait jamais couru aussi vite de toute sa vie.
- MAIS BORDEL MAIS TU ES MALADE ? Hurla pour la énième fois Kirill, alors que nous nous trouvions tous à nouveau dans notre chambre, au Motel pourri.
Je ne répondis rien. Je n’en avais pas envie.
- Tu te rends compte de la merde dans laquelle tu as failli nous mettre ? Si on s’était fait chopper, Vitaly, tous nos plans étaient foutus ! Tu ne réfléchis jamais avant d’agir ?!
Mon regard désinvolte attrapa le sien, furieux. Plus furieux que je ne l’avais jamais vu. Cependant cela ne me touchait pas ; j’étais imperméable, ce soir. Rien, absolument rien, ne semblait vouloir m’atteindre. Pas même le souvenir du père d’Irina. Les pierres de Tolstoï m’avaient fait des leurs.
- On ne s’est pas fait prendre, rétorquai-je, emmerdé. Et puis, c’était juste pour les paniquer encore plus. C’était marrant.
L’adjectif « marrant » état bien étrange, ainsi utilisé dans un contexte qui était tout, sauf « marrant ». Qui parlait ? Vitaly Wolkoff ? Je n’en avais même pas l’impression.
- Marrant ? Cracha mon frère. Marrant ?! Mais putain, Vitaly…
Il ne finit pas sa phrase, en revanche il se jeta sur moi pour me foutre un coup de poing monumental… du moins, il l’aurait été s’il avait atteint sa cible. Non seulement j’esquivai bien rapidement, mais en plus, Emelian et Stanislas le retinrent à temps.
- Du calme, Kirill ! Intervint Stan. Il a merdé, mais tout va bien, ça aurait pu mal tourner mais ce n’est pas le cas ! Alors du calme !
Mon frère, toujours furieux, ne me quittait pas de ses yeux gris. De mon côté, je fis comme s’il n’existait pas, et me levai tranquillement, affichant l’ombre d’un sourire, passai à quelques centimètres de lui – qui tenta de se débattre pour se ruer sur moi, sans succès –, et me dirigeai vers le couloir extérieur, où je pus allumer une cigarette.
Nikolaï me rejoignit aussitôt. La fumée de ma clope regagna le ciel.
- Tout va bien ? Demanda mon ami.
Je tirai une taffe, sans le regarder, ne pus détacher mon regard de cette nuit sans lune ni étoiles.
- Je ne suis pas moi-même, ce soir.
- Personne ne l’est, je crois.
J’acquiesçai en silence. Oui. Nous étions tous profondément bouleversés, malgré le bon fonctionnement de notre première opération.
Je me revis appuyer sur le bouton de l’alarme, et eus du mal à croire que c’était vraiment moi. Je grimaçai, car ce souvenir me donnait l’impression d’avoir été volé à un autre homme.
Bordel, ce que j’étais fatigué !
- Toi aussi, tu te le demandes ? M’enquis-je soudain.
- Qu’est-ce que tu veux dire ? Rebondit Nikolaï, les yeux ronds.
Je soupirai. Peut-être avais-je tort de chercher à lui parler, peut-être était-il du côté de Kirill à cent pour cent. Néanmoins je sentais chez lui un fond de pensées qui pouvaient bien s’assortir avec le mien. Et puis, si je me trompais, peu important, qu’il aille le dire à mon frère, je n’allais pas en faire des cauchemars.
- Où est-ce que toute cette histoire de vengeance va nous mener ? Jusqu’à quel point est-ce vraiment notre désir, ou une simple mais habile manipulation de Kirill, le seul d’entre nous à ne pas vouloir avancer ?
Il y eut un silence. Formuler ça à voix haute, cela faisait un putain de bien. Nikolaï m’imita e se mit à observer la nuit sans un mot, sans une réponse ; je savais tout de même qu’il en aurait une bientôt. Alors je le laissai réfléchir. Ce genre de questions nécessitait quelques minutes de méditation personnelle.
- Je me le demande, avoua-t-il, honnête. Mais tu dois admettre, Vitaly… ta folie passagère, ce besoin que tu as eu de déclencher l’alarme, cette envie insatiable qui t’as prise de semer le chaos… c’était toi. Pas une manipulation de Kirill, mais toi. Je pense qu’on la veut tous, cette vengeance. Après, savoir jusqu’où cela va nous mener, c’est une angoisse fondée. Je n’en sais rien, personne ne le sait. Mais j’ai l’impression qu’on se lance dans un truc quasi-éternel.
Il eut un frisson, après avoir dit cela. Je ne pouvais pas le blâmer, car ce fut également mon cas. Des milliards de fourmis semblaient escalader mon dos. Ma tête se vidait, mon cœur se verrouillait, le prénom d’Irina vint me hanter durant une subite seconde, puis s’effaça aussi. Je portai ma clope à mes lèvres, inspirai, expirai.
- Un truc quasi-éternel…, répétai-je lentement. Tu sais quoi, Niko ? Moi aussi, je le crois.
Fin du chapitre onzième.
Image : Vampire Knight, Yuuki & Zero °w°
-> Voilààà enfin une suiiiite ! Je suis désolée
pour l'attente, mais avec BIM en parallèle + la
rentrée, le boulot... enfin, comme promis, je n'abandonne
pas Vitaly & les autres n_n J'esère que vous avez aimé ce
chapitre ! Suite dès
que je peux
Bisouus <333



et je risque... de devoir porter un tutu rose 

de plus, le prénom Leah est le prénom de ma cousine 






joyeux nanniversaiire, joyeux nanniversaire, joyeux nannniveraiiire Gwen ( ou Cécile, ça dépend comment on voit les chose


Chloé
ven 18 déc 2009 16:03