
Chapitre quatrième (Irina) :
Alors que je me dirigeai vers mon prochain cours je vis Nikolaï passer à toute vitesse, tirant un autre élève par le bras. Je me figeai, le reconnaissant au premier coup d’œil : impossible d’oublier une silhouette telle que la sienne. Il semblait si distant, si méfiant, comme si chaque personne autour de lui était faite pour lui causer du tord, et qu’il le savait. Sans vraiment savoir pourquoi j’agrippai la lanière pendante de mon sac à dos pour la serrer très fort entre mes doigts, me faisant violence afin de ne pas me précipiter vers Nikolaï, ayant ainsi une chance de parler au jeune homme qu’il traînait derrière lui. Je ne le regardais pas comme les autres personnes autour de moi le regardaient : soit effrayées, soit incontestablement attirées. Non, je savais qu’il ne me faisait pas peur, quant à savoir si j’étais intéressée par lui – au-delà de le trouver très beau –, je ne posais pas la question. Je voulais simplement le comprendre, comprendre son regard fermé à toute émotion, et pourtant remplit d’amertume, de douleur, de vécu et de passé insupportable. C’était un atome de sentiments dans une parfaite absence de sentiments. Rien de plus contradictoire, rien de plus intriguant. Oui, je voulais comprendre ça pour savoir l’imiter, me fermer à mon tour ; comme il était dur de devenir réellement froid et distant ! Beaucoup de personnes savaient le prétendre, pour se donner des airs, y parvenaient quelques heures, pour les plus chanceux quelques jours, mais la mascarade ne durait jamais longtemps. Lui, ce n’était pas un jeu. Il était aussi facile de reconnaître les menteurs que de reconnaître ceux qui se montraient sincères.
Je restai immobile en plein milieu du couloir, des élèves me dépassant en émettant quelques protestations – comme je leur bouchais le passage –, d’autres me saluaient rapidement avant de continuer directement dans leur lancée pour se rendre à leur prochain cours, et beaucoup d’entre eux ne pouvaient faire autrement que de contempler bêtement le nouveau venu, celui qui retenait tant l’attention, celui qui accaparait la mienne à l’extrême. Je passai une main dans mes cheveux, dégageant les quelques mèches rousses qui venaient s’égarer en masse sur mon front, avant d’enfoncer mes doigts dans la poche de mon jean, laissant néanmoins dépasser le haut de ma main. Cependant mes gestes étaient sans réelle importance ; lui était tout ce qui importait. Maintenant que je pouvais le voir de plus près, que son profil se dessinait avec précision sous mes yeux, je n’en étais que plus captivée ; une heure plus tôt, lorsque je l’avais aperçu, je ne m’étais pas rendue compte que le blanc de sa chemise contrastait fortement avec son allure très sombre. Oh, bien sûr, cette couleur lui allait bien, il avait ainsi l’air d’un ange torturé. Même si je ne pouvais voir qu’une moitié de son visage, une seule, elle paraissait torturée ; ses lèvres tiraient vers le bas, ses yeux violents s’animaient sans joie, ses joues peu volumineuses ne faisaient que le rendre encore plus triste. Il lui manquait quelque chose ; la vie. Mais peut-être était-ce cette terrible absence qui rendait le personnage si atypique, et si enviable, dans un sens.
Je me savais stupide de lui envier quoi que ce soit, je me doutais qu’il aurait échangé sa vie avec la mienne s’il en avait eu l’occasion, que je n’aurais pas dû me plaindre, pourtant je ne pouvais m’en empêcher. Quelque chose dans ma vie me faisait souffrir, sans que je ne sache vraiment quoi, c’était une simple accumulation. L’absence de mon père, sa tristesse au quotidien, que je sentais même lorsque je ne la voyais pas… je refusais d’ajouter la non-existence de ma mère à cette liste. Elle s’était comportée de manière trop égoïste, trop méprisable, pour que j’aie mal à cause d’elle. Mais… son départ n’était sans doute pas si étranger à ma douleur.
Soudain, je vis les deux garçons ralentir. Nikolaï me jeta un regard, me sourit de son sourire particulier. J’aimais bien ce garçon ; il était un peu étrange, maniait constamment le sarcasme donnant l’impression de ne pas savoir ce qu’était une conversation sérieuse, mais il n’était pas méchant. Cependant je pouvais deviner que derrière l’ironie se dissimulait une personnalité complexe. Cela contribuait d’ailleurs en partie à son charme ; à défaut d’être beau – il était trop grand, trop maigre, et ses traits trop inégaux –, il avait quelque chose en plus, une profondeur dans son regard noisette, une plaie non-pansée, qui ne le faisait plus souffrir mais qui l’avait forgé, l’avait rendu tel qu’il était aujourd’hui. Un charisme non indigne d’attention. Rien de comparable avec son nouvel « ami », évidemment.
Celui-ci s’arrêta, d’ailleurs. Il tourna son visage vers moi – j’eus comme une impression de déjà-vu –, et me fixa, me cloua littéralement au mur de son regard bleu ciel, encore plus impressionnant que je ne l’avais cru. Plus que de pouvoir lire en moi, j’eus soudain le sentiment qu’il rendait ma peau transparente, qu’il me connaissait encore mieux que moi-même, que je ne pouvais rien lui apprendre alors que lui avait tant de choses à me montrer… s’il daignait un jour s’en donner la peine, évidemment ! Ce qui n’arriverait jamais. Il n’était pas le genre de personne qui souhaite transmettre son savoir, pas le genre de personne à prêter son attention à des filles aussi pitoyables que moi. Je n’irais pas jusqu’à dire commune ou insignifiante, car je savais que je ne l’étais pas, mais s’il apprenait – et rien que le fait de me regarder ainsi me donnait l’impression qu’il le savait déjà – à quel point je rêvais de lui ressembler, il me prendrait de haut et me cracherait au visage que je ne savais rien de la dureté de la vie. Et il aurait raison.
- Irina ! M’appela soudain Nikolaï.
Surprise qu’il me salue à un moment comme celui-ci, je clignai des yeux, avant de me rappeler que cet instant n’avait rien de si extraordinaire. La présence du jeune homme aux yeux transperçant rendait simplement la scène singulière.
Je m’avançai vers lui alors que son compagnon me suivait du regard, et jamais je ne m’étais sentie aussi mise à nue.
- Je te présente Vitaly, me dit-il d’une voix étrangement amusée.
Vitaly, c’était donc son prénom. Le concerné hocha la tête très brièvement en guise de bonjour, et alors que Nikolaï s’apprêtait à lui donner mon propre prénom, il rétorqua ;
- Je sais, je t’ai entendue l’appeler.
Sa voix était à la hauteur de mes attentes – si je pouvais décemment dire que j’avais attendu quoi que ce soit. Grave, masculine, d’une virilité ponctuée d’élégance, mais par-dessus tout distante. Cassante. C’était un cliché bien sûr ; le jeune homme très beau et torturé, sombre, au regard de glace et à la voix dure. Oui, c’était un cliché, mais un cliché courant.
- Ce mec est tellement asocial ! Se plaint Nikolaï dans un soupir excédé.
Ces mots ne me firent pas rire, trop absorbée, cependant les lèvres de Vitaly s’étirèrent alors, et de manière très inattendue, en un sourire discret. En une fraction de seconde, son expression me sembla familière, sans que je ne puisse expliquer pourquoi. Troublée, je me tournai vers Nikolaï, qui traînait dans ses yeux une note incompréhensible de satisfaction, et plus encore, de victoire. Il me fixa, me sourit largement.
- Ouais, toi aussi il te rappelle quelqu’un, pas vrai ?
Je ne comprenais pas où il voulait en venir. Soudain, il m’attrapa également par le poignet, nous forçant, Vitaly et moi, à le suivre. Le jeune homme brun ne chercha pas à se dégager, bien qu’il eût très bien pu le faire s’il l’avait voulu. Sans doute était-il fatigué d’attendre, et voulait-il savoir ce que notre guide avait en tête une bonne fois pour toute. Je le comprenais.
Me laissant entraîner, je n’osai pas un regard en sa direction, effrayée de la manière dont il aurait pu le prendre. Pourtant, je savais que lui, me regardait. Lorsque de tels yeux se posent sur vous, ce n’est pas difficile de le savoir. Ils sont si froids qu’ils semblent couler comme des glaçons le long de votre dos. Vous caresser et vous écorcher à la fois.
Nous arrivâmes alors devant une porte, qui semblait fermée. La salle 106. En voyant ce chiffre, je compris soudain. Je compris à qui Vitaly m’avait fait penser, et me sentis idiote de ne pas y avoir pensé avant. Mais… comment était-ce possible ? Quels étaient leurs liens ?
Nikolaï s’autorisa une pause théâtrale, nous regarda d’un air faussement fataliste.
- L’heure de la révélation… a sonné ! S’amusa-t-il.
A ces mots, Vitaly se tendit, sembla grandir de quelques centimètres, et s’avança lentement vers mon ami pour le prendre par le col de son blouson, et le coller au mur, sans hâte ni effort apparent, mais avec une colère froide très particulière. Je n’avais toujours pas peur, mais chaque seconde passée en sa compagnie ne cessait de me surprendre.
- Je te conseille de ne pas jouer avec mes nerfs, ni de te foutre de ma gueule, glissa le jeune homme à un Nikolaï qui ne touchait plus le sol, mais qui ne semblait pas s’en inquiéter.
Ces deux types étaient hallucinants ; l’un d’eux était effrayant, torturé et plus sérieux que n’importe quelle personne sur cette terre, tandis que l’autre était un ancien martyr reconverti en champion du sarcasme, jamais effrayé de rien. Cependant, je sentis que Nikolaï respectait Vitaly, et dans un sens, c’était réciproque. Quelque chose les unissait, un secret en commun, qu’ils auraient sans doute préférer ne pas partager.
- On se calme mon poulet, tu ne seras pas déçu, je te promets !
Maintenant il se permettait les petits surnoms… je ris et frissonnai en même temps ; tenait-il vraiment à se faire tuer ?
Il frappa alors à la porte, nous adressa à tous deux un petit clin d’œil, et attendit. Mon cœur se mit à battre. Je ne savais pas pourquoi, mais je sentais que cet instant allait être décisif. Pour qui ? Pour lui ? Pour moi ? Pour nous tous, ici présents ? Peut-être… une chute commune.
Alors que je me mettais à penser qu’il n’était pas à l’intérieur, j’entendis soudain ses pas résonner, la clé tourner dans la serrure. Il ouvrit, le monde trébucha, vacilla quelques instants, et resta en suspension au dessus du vide.
Un jeune homme de vingt ans se tenait là, de taille à peu près égale à celle de Vitaly, peut-être à peine plus grand. Il était châtain, et ses yeux gris semblaient être composés de pierres de lune. Son visage anguleux et froid, je le connaissais, mais pour la première fois je lui prêtai des similitudes avec celui d’un autre garçon. Un garçon aux cheveux pourtant noirs, aux yeux pourtant bleus.
Vitaly contemplait cet homme à présent, comme si personne n’existait plus autour d’eux. D’une expression mêlée entre l’incrédulité, la peur, et… le délice. Une part de lui, grandissante à chaque instant, savourait cet instant, mais de manière malsaine. Une pointe de démence venait effleurer ses deux saphirs si captivants, tandis que ses lèvres tremblaient et se contorsionnaient en un sourire indescriptible.
Mais cette pseudo-victoire que je ne comprenais pas cachait également une rage puissante. Une rage qui formait autour des deux jeunes hommes un bouclier impénétrable, comme pour isoler deux guerriers qui comptaient se battre jusqu’à ce que l’un triomphe par le décès de l’autre. Je n’avais pas peur… je craignais simplement qu’ils se blessent pour quelque chose qui n’en valait pas la peine. Ils se ressemblaient, c’était évident. Aussi obstiné l’un que l’autre. Leur façon de se lorgner avec mépris le prouvait.
- Vitaly, je présente Kirill. Kirill, je te présente Vitaly, ironisa Nikolaï. C’est marrant, j’ai toujours rêvé de faire les présentations entre deux frères… c’est original.
Vitaly tourna brusquement les talons, perdant toute trace de satisfaction. Sans doute venait-il de réaliser pleinement qui se tenait en face de lui, la réalité le heurtant de plein fouet. Kirill n’avait jamais parut aussi malveillant. Il me regarda, je le regardai, un message passa entre nous mais je ne parvins pas à le lire.
Je compris simplement que le monde cessait de vaciller. Il tombait.
Fin du chapitre quatrième.
Image
: Aucune idée

-> Ps : Désolée pour le retard, j'ai eu une
semaine très chargée ^_^ J'ai juste une info
à vous communiquer : ALLEZ VOIR LES NOCES
REBELLES *_* Ce film est
splendide 
Bisouuuus 
___________________________________________
Je posterai la suite dès que possible ^_^
Désolée, emploi du temps chargé en ce moment ; cette semaine j'ai eu bcp de contrôles et la semaine prochaine j'ai mon oral de TPE + Bac Blanc n_n Wish me luck °w°
Mais bon pendant les vacances je vais être relativement libre (pour une fois xD) donc je serai beaucoup plus dispo, et le chapitre 5 sera sans doute là ce weekend !
Bisouuuus 



et je risque... de devoir porter un tutu rose 

de plus, le prénom Leah est le prénom de ma cousine 









Mon préféré :coeur;




