Accueil Date de création : 28/12/08 Dernière mise à jour : 17/09/09 23:02 / 25 articles publiés
 

Les Cicatrices, Chapitre neuvième__ Partie deux  posté le jeudi 25 juin 2009 21:31

 

 

             Chapitre neuvième (Vitaly), partie 2/2 :

 

 

 

Il prit la pomme qu’il n’avait pas mangée, et la posa à côté d’Irina, avant de passer une main dans ses cheveux. Elle se figea, regarda la pomme comme on regarde une soucoupe volante, et la repoussa vers mon plateau qui trônait au centre, marmonnant un « Merci, c’est bon, je n’ai pas faim à ce point… »

 

Elle était troublée, déstabilisée. Encore ce pincement dans ma chair, dans ma poitrine. Kirill s’avança à nouveau. Pourquoi ? Pourquoi se comportait-il ainsi avec elle, alors que c’était un connard, qu’il ne se souciait de personne d’autre que de lui-même ? Cela m’échappait, mais je crois bien que ça ne me plaisait pas beaucoup.

 

- J’insiste, reprit-il. Ça me fait plaisir.

 

A ces mots Irina se mit un point d’honneur à ne pas le regarder et pris la pomme d’une main hésitante en murmurant presque les remerciements qu’elle lui adressait. La scène ne me donna pas envie d’en voir plus.

 

Je partis brusquement vers le gymnase, sans demander mon reste, suivi par Nikolaï un peu plus loin derrière. J’y parvins, poussai la lourde porte de bois, descendis le long des gradins et rejoins Stanislav et Emelian qui s’occupaient du branchement des instruments. C’était la deuxième répétition à laquelle j’assistais. Après tout, pas la peine de faire preuve d’une assiduité à battre les records, la musique, c’était un moyen de gratter un peu de fric pour organiser nos plans, les rendre possible, et un moyen d’extérioriser aussi, sans doute un peu. J’avais toujours aimé chanter, peindre, jouer du piano… mais ce groupe, il me paraissait faux. Il semblait vouloir recouvrir les pulsions meurtrières de Kirill.

 

Néanmoins, à nous cinq, nous devenions une bande, une vraie. Et sans m’en rendre compte, je m’y étais habitué en très peu de temps. Nos liens s’étaient tissés sans méfiance, parce que nous savions d’où nous venions, d’où les autres venaient. C’était un peu comme si tout cela me dépassait. Mais je trouvais avec eux des personnes que l’on pouvait couramment appeler « amis ». Malgré ma haine pour Kirill, malgré mon traumatisme qui ne s’effaçait pas, j’avais du soutien avec eux. Je savais où j’allais. Même si je me demandais parfois si c’était la bonne direction à prendre. Peu importait. Mieux valait avoir un but qu’errer dans la vie comme on erre sur un trottoir.

 

Kirill fit enfin irruption, et se dirigea à grand pas vers moi. Je ne compris pas pourquoi, mais il me gifla. La salle devint silencieuse. Stan, Emelian et Niko nous regardaient, lui et moi, les deux frères. Je ne vacillai pas, ne tournai même pas la tête, me contentai de la toiser d’un œil glacial.

 

- Que me vaut cet honneur ? Ironisai-je.

 

- Pauvre con ! Cracha Kirill. T’es jaloux. Jaloux de moi avec Irina.

 

Les mots me glacèrent le dos, mais je fis semblant de le trouver ridicule, et ricanai.

   

- Tu rêves mon pauvre ! Fais ce que tu veux avec elle, je m’en fous de cette fille, tu n’auras pas de rival !

 

Kirill me gifla une nouvelle fois, et alors je faillis me ruer sur lu, cependant Stan et Emelian avaient prévu le coup, et vinrent me retenir par les bras, lorsque Nikolaï s’approchait de Kirill pour le détendre.

 

- Tu comprends pas ! Lança mon frère. Je n’en ai rien a foutre d’elle, mais toi ce n’est pas le cas ! Je te préviens Vitaly, je ne veux pas d’attachements à qui que ce soit ! Je veux que tu restes concentré, que rien ne te détourne de nous et de nos projets ! Tu m’entends ?!

 

Il avait rugi. Moi j’avais compris. Il s’était servi d’Irina, à midi. Non content d’avoir déjà ses sentiments, il fallait qu’il en joue ! Il se foutait d’elle… totalement. Pour avoir ma réaction, qui n’était pas hermétique. Le salaud… le salaud.

 

- Je me casse, lâchai-je d’un ton cassant. Lâchez-moi.

 

- Reste là Vitaly, me lança Stanislav. Kirill sait ce qu’il dit, écoute-le et au moins t’auras pas de soucis à te faire.

 

- Parce que tu crois que j’ai peur de lui ?! Vociférai-je.

 

- C’est bien là le problème ! S’exclama Kirill. Tu devrais, Vitaly. Parmi nous cinq, tu es le seul qui devrais me craindre, mais ce n’est pas le cas ! Tu es mon frère, ça ne me rend pas plus indulgent mais plus exigeant ! Je te jure que si tu nous tourne le dos, tu vas en chier mon pauvre !

 

Et à ces mots je vis que je n’avais pas sa confiance. C’est ce qui me dissuada de tout abandonner sur le champ : parce que je ne voulais pas être vu comme un lâche par les autres, ni par lui. Car même si c’était dur de l’admettre, son opinion de moi m’importait. Je n’avais pas peur de lui, c’était vrai, mais il occupait une grosse place dans ma vie. Je ne vivais pas pour décevoir ceux qui comptaient sur moi. Même si moi, je ne comptais pas sur eux.

 

- Ça va, j’ai compris,  t’as pas de soucis à te faire, je ne vous lâcherai pas, grommelai-je en me détachant de Stan et Emelian d’un coup sec de l’épaule.

 

Ils me lâchèrent aussitôt. Ils n’étaient pas plus du côté de Kirill qu’ils n’étaient du mien, cependant ils étaient d’accord avec le principe de non-attachement. Je comprenais un peu.

 

- Et Irina ? Relança mon frère, insupportable.

 

Je me retournai vers lui, croisai les bras sur ma poitrine, et le fixai froidement, sans aucune autre expression qu’un fort dégoût dans les yeux. Je n’avais pas l’intention de répondre. J’avais l’intention de le voir perdre.

 

Au bout de quelques instants, Nikolaï fit tourner le vent en ma faveur.

 

- C’est bon Kirill, laisse tomber, tu as sa parole, Vitaly ne nous tournera jamais le dos, c’est pas son genre.

 

Après ça, mon frère ne bougea pas encore pendant quelques secondes. Puis il poussa un soupir excédé, et partit s’emparer de sa guitare. Du regard, je trouvai Nikolaï qui lui me regardait encore, et fit passer dans mes yeux une expression que je n’avais pas l’habitude d’invoquer ; de la gratitude. Lui me sourit, mais il y avait dans ce sourire un arrière gout d’avertissement.

 

La répétition commença. Je m’approchai du micro, le pris entre mes mains, attendis la bonne mesure, et me mis à chanter.

 

Lancer Karma Police, Radiohead *-*

 

“- Karma Police

Arrest this man

He talks in maths

He buzzes like a fridge

He’s like a detuned radio…”

 

Je me perdis entièrement dans la musique qui à mes oreilles n’était plus que le reflet du monde. Une musique à la fois lente et rythmée, mélancolique, agonisante, douloureuse, agressive presque.

 

“- Karma Police

Arrest this girl

Her Hitler hairdo

Is making me feel ill

And we have crashed her party…”

 

Les paroles d’Emelian, que j’avais découvertes quelques jours plus tôt, ne m’avaient jamais semblé prendre autant de sens qu’en cet instant. Je me sentais presque bien. Je ne voulais pas m’arrêter de chanter. C’était comme si nos rêves de vengeance n’étaient plus là, c’était comme si tout n’avait été qu’un cauchemar, ou que tout s’était passé dans un autre monde, et que j’entrais dans un nouveau, un on il aurait été possible de chanter tout le temps.

 

“- This is what you’ll get

This is what you’ll get

This is what you’ll get

When you mess with us…”

 

“- For a minute there…

I lost myself… I lost myself

Oh for a minute there…

I lost myself!”

 

J’étais le texte. J’étais celui qui s’était perdu. J’étais tout ça. For a minute there, I lost myself. La chanson prit fin sur une mélodie agressive mais splendide néanmoins. Du moins, je le trouvais. Je me rendis compte que j’avais fermé les yeux, mais cela ne m’avait pas empêcher de voir un monde tout entier s’étendre devant moi. Je les rouvris. Et je vis quelque chose qui me surpris.

 

Quelques personnes s’étaient glissées à l’intérieur du gymnase. Une vingtaine d’élèves d’ici. Et même l’un des professeurs. Et dans les plus proches, une chevelure rousse, des yeux verts, un visage calme, un visage beau, avec du charme, un visage tendre. Elle me sourit. Je lui souris spontanément. A Irina, à elle seule.

 

Puis je me souvins des mots de Kirill. D’abord ceux concernant la jalousie. Et je compris qu’il avait eu raison. J’avais été jaloux. Monstrueusement jaloux. Puis me vinrent les paroles concernant l’attachement. Et là, je me renfrognai, de l’intérieur. Mon sourire pour elle n’en pâtit pas. Elle était la seule qui pouvait le faire tenir ainsi. Comment s’y prenait-elle ? Je la connaissais à peine… je la savais vive d’esprit, drôle, un peu secrète, gentille comme personne, sans tomber dans la naïveté pour autant… mais je ne savais rien de sa vie. Rien de son passé. Pourtant je voulais lui sourire. Lui sourire, pour montrer que je savais qu’elle était là, qu’elle existait, et que j’en étais heureux.

 

- Bon, c’est pas un zoo ici, s’emporta Kirill. Désolé, mais c’est une répétition, merci !

 

Les pseudo-spectateurs ne se le firent pas dire deux fois. Irina regarda Kirill. Pincement dans ma chair, dans ma poitrine. Il lui adressa un clin d’œil. Envie de le frapper. Elle sortit. Déchirement, quelque part.

 

Nous répétâmes encore deux fois la chanson. Puis Kirill la trouva satisfaisante. Emelian trouva encore quelques choses à redire, mais nous n’avions plus le temps pour aujourd’hui. Alors, mon frère nous parla d’une toute autre chose ; Tolstoï. Je ne l’écoutais que d’une oreille. Parce que je sentais mon être se partager entre deux choses que je ne pouvais concilier. Vengeance, et Irina. Qui était-elle pour moi ? Je ne savais pas – ou bien n’osais pas – encore le dire, mais je savais qu’elle était à part de tout. A part de « ça ». A quoi tenais-je le plus ? Ma vengeance, évidemment. Non, ce n’était pas si évident. L’idée d’Irina s’imposait à moi avec violence. Ma vengeance. C’était là ma vie qui était en jeu. Ma vengeance, ma vie.

 

Kirill ne disait rien de primordial. Il peaufinait encore son plan d’action, nous en ferait bientôt part. Mais « ça se rapprochait », disait-il. Super. J’avais un goût amer dans la bouche.

 

Je décidai que tant que tout n’était pas enclenché, que la machine pour regagner mon honneur après m’être vengé n’était pas en route, je pouvais profiter d’Irina. Aussi filai-je rapidement hors du gymnase, considérant que la répétition était bel et bien terminée.

 

En ce moment, elle avait cours d’anglais. Si je me dépêchais, je pouvais la rattraper à la sortie.

 

- Vitaly ?!

 

La voix de Nikolaï m’arrêta net. Je me retournai, pressé d’en finir pour repartir.

 

- Oui ?

 

- Attends, j’ai quelque chose à te dire. Quelque chose d’important.

 

Le soir, dans ma chambre, je trônais sur la chaise devant mon bureau, inexpressif. Un peu mort. Un peu vivant. Un peu des deux. Les mots de Nikolaï ne quittaient pas ma tête. Ni leurs conséquences. Des mots qui faisaient s’effondrer une partie de mon esprit.

 

Ainsi, Irina… c’était… douloureux. Irina était la fille du concierge de Tolstoï. De celui qui avait assisté à tous les viols, qui n’avait pas participé, mais qui, d’un visage accablé, avait tout vu. Qui n’avait rien dit. Que j’avais supplié de m’aider, le premier soir où je fus violé, que j’avais regardé dans les yeux, directement, larmoyant, sans obtenir de lui la moindre réaction. Je n’étais pas capable de gérer ça. Irina. Lui. Irina. LUI. Pourquoi elle, sa fille ? Pourquoi la seule à qui je veuille sourire ? Pourquoi la seule qui m’avait redonné un peu de vie, sans rien faire de spécial, juste en étant là ? A peine trois semaines que je la connaissais, elle avait rapidement chamboulé ma vie. A ce compte là, j’aurais préféré qu’elle n’y entre jamais. Je ne voulais pas me mettre à la détester. Mais je savais que ce serait plus fort que moi. Mais je ne le voulais pas ! Pourquoi elle ?!

 

Et pourquoi Kirill ne me l’avait-il pas dit dès le début ? Je l’aurais méprisée avant de m’attacher, tout aurait été tellement plus simple…

 

A présent, j’étais anéantit. Encore une désillusion. Lorsque j’avais pensé remonter un peu, je retombais encore un peu plus bas qu’avant. Cette chaise. Ce bureau. Cette chambre. Trop ordonnée. Besoin de désordre. Besoin de chaos.

 

Alors je me levai subitement, envoyai ma chaise contre le mur d’en face qu’elle cogna dans un bruit sourd. D’un grand geste j’envoyai au sol les feuilles volantes posées sur mon bureau, balançai mes livres au hasard, en déchirai des pages. Mon lit ne fut rapidement plus qu’un matelas déserté de couvertures ou de draps. Je frappai ma fenêtre du poing, brisai l’un des carreaux, me mis à saigner. Je poussai un hurlement de douleur, glissai sur le sol, juste à côté du verre qui jonchait à présent la moquette de ma chambre.

 

Putain, ça faisait mal. A l’intérieur. Mon poignet.

 

Non… la douleur de ce poignet, ce n’était rien, comparé à l’autre douleur que je ressentais. Celle-ci était atroce. C’était encore ce pincement dans ma chair, dans ma poitrine. Mais mille fois plus fort. Comme si on m’arrachait quelque chose. Comme si on me cramait les veines.

 

Et je compris alors. Je compris que ce pincement, depuis le début, me venait du cœur.

 

On me volait mon cœur. Les restes de mon cœur.

 

On me volait ce qui m’était revenu.

 

  Fin du chapitre neuvième

Image : Yuuki, Vampire Knight ^.^

 

-> C'est bon, vous m'aimez bien encore? é_è

*se protège contre les tomates* Booon mais

j'ai posté la suiiite ! Ai fini mon bac today avec

l'oral de french, trop cool °w° j'ai réussi en plus \o/

Good luck a ceux qui passent encore des épreuves !

Bonnes vacances ! (La suite arrivera... en fonction de

ce que je pourrai faire... je vous tiendrai au courant <3)

 

 

lien permanent

Les Cicatrices, Chapitre dixième  posté le samedi 27 juin 2009 13:06

 

 

                   Chapitre dixième, (Irina) :

 

 

 

Cela faisait une semaine qu’il ne s’était pas montré. Pas devant moi, en tout cas. Les cours que  nous avions en commun, il les avait évités, et je ne l’avais même pas aperçu au tournant d’un couloir. Je ne comprenais pas. Etait-il malade ? Etait-il… en train de m’éviter ? Cette pensée là était un peu douloureuse, je n’aimais pas l’envisager. Mais quoi qu’il en soit je devais me rendre à l’évidence ; aucune trace de Vitaly Wolkoff.

 

J’essayai d’aborder le sujet avec Nikolaï, mais il s’en tirait toujours avec un sourire évasif qui ne faisait rien d’autre que prolonger au bout de ses lèvres mes doutes, mon inquiétude, et ma frustration. Emelian et Stanislav n’avaient, soi-disant, aucun renseignement. Ils n’avaient pas répété de la semaine avec le groupe.

 

A cette pensée, je me souvins de la chanson que j’avais entendue, la semaine dernière. C’était vraiment beau, magique. Vitaly avait vécu l’instant présent comme un monde dont il n’aurait pas voulu partir, ça se voyait, et ça touchait, ça prenait aux tripes. Il avait une très belle voix. Mais au-delà de ça, il avait une voix qui souffrait, et on le sentait dans ses chansons plus que jamais. Parfois, à l’envolée de certaines notes, il agonisait presque. C’était comme s’il ressentait chaque accord de guitare, qu’il les prenait en son cœur fermé l’espace d’un instant. C’est unique.

 

Enfin, le chanteur avait disparu. Je m’en souciais, premièrement parce que Vitaly n’était pas le genre de garçon qui n’attire pas les ennuis, je me l’imaginais parfaitement empêtré dans je ne sais quelle galère, et deuxièmement, eh bien tout simplement parce que c’était une personne à qui il était agréable de parler et de partager des cours, s’il ne s’amusait pas à vous poignarder du regard.

 

J’avais l’impression de ne pas trop recevoir ses foudres. Ses yeux bleus, très, très bleus, étaient bien sûr distants, glaciaux, mais je comprenais que ce n’était pas une attaque personnelle. Et si Vitaly était très intéressant, en tant que personne… ses yeux l’étaient tout autant. Mais ses yeux n’étaient plus là depuis plusieurs jours.

 

Il ne me restait plus qu’une solution, qui ne m’enchantait pas, que j’avais évité du mieux possible, mais qui était mon dernier recours ; Kirill.

 

Je n’avais pas envie de le voir, tout simplement parce j’étais mal à l’aise, et que ces derniers temps, il se comportait étrangement avec moi. Il se comportait comme  dans les premiers temps où nous nous étions rencontrés, attentif, charmeur, attentionné… mais je n’y croyais pas. Et malgré tout mon cœur battait très fort dans ces moments là.

 

Cependant la présence de Vitaly lorsque Kirill semblait me faire des avances me donnait envie d’être hermétique à tout ça. J’avais honte de me laisser emporter par mes émotions lorsque le jeune homme était là, et que son frère me faisait rougir à la moindre parole.

 

Ainsi j’avais évité Kirill toute la semaine en raison de l’absence de Vitaly, aujourd’hui je devais aller le trouver, car lui seul, j’en étais sûre, pouvait me renseigner.

 

J’arrivai devant la salle des pions, lançai un coup d’œil par la serrure, assez importante pour permettre d’y voir de l’autre côté. Il était là, mon cœur partit. Il semblait être seul. Je voulus frapper cependant mes membres étaient figés. C’était comme prendre une décision primordiale, et ne pas arriver à se décider, tout en sachant que la mort attendait un mauvais choix.

 

Puis, je l’entendis dire quelque chose. A quelqu’un, sans aucun doute. Peut-être était-il au téléphone, raison de plus pour ne pas entrer le déranger. Mais… entendre sa voix c’était… comme un appel. Kirill, je ne pouvais pas ignorer ces mouvements de mon âme dès qu’il passait près de moi, dès qu’il me parlait à voix basse, dès que je sentais son contact… parce que Kirill était un salaud la plupart du temps, mais je l’avais déjà vu sincèrement blessé, replié sur lui-même dans cette même pièce, lorsqu’il se pensait seul, et une fois j’avais même osé entrer, et il ne m’avait pas hurlée dessus, il m’avait simplement serrée très fort dans ses bras, enfoui sa tête contre ma poitrine, sans pleurer, mais secoué de spasmes étranges.

 

C’était la seule fois où je l’avais vu vulnérable. Il m’avait demandé d’oublier ça, de n’en point parler, je lui avais obéi. En fait, en arrivant ici, Kirill ressemblait un peu plus à Vitaly qu’il ne se ressemblait à lui-même, à son lui d’aujourd’hui. Mais bien qu’ils fussent frères, bien que Kirill n’eut pas toujours été cet être de méchanceté incernable, il n’avait rien d’aussi captivant que son jeune frère. Il lui avait toujours manqué ce que je voyais et ressentais très fort chez Vitaly ; au fond, une tendresse subsistante, dont il n’avait pas conscience.

 

Bon, il était temps de me décider. J’optai pour l’entrée rapide, sans même frapper, car en général personne ne frappait jamais pour entrer dans la salle des pions.

 

Je fis donc irruption, le regard gros de Kirill se tourna immédiatement en ma direction, et je pus voir l’identité de son interlocuteur… Vitaly.

 

Le jeune homme brun me fixa également, mais sa façon de le faire était différente, il semblait me toiser plus qu’autre chose, cependant les traits de son visage restaient apaisés. Sans doute me faisais-je des idées.

 

- Oh…, lançai-je. Désolée. Je voulais justement demander à Kirill où tu étais…

 

- Pas de mal, m’assura ce dernier avec un large sourire. Vitaly était juste un peu malade ces derniers jours, il est venu justifier ses absences avec moi pour l’administration. Tu es plus jolie que d’habitude aujourd’hui, ajouta-t-il comme si c’était parfaitement normal.

 

Je rougis sans attendre, et baissai la tête, parce que les deux frères étaient présents, et que je détestais le regard de Vitaly lorsqu’il me voyait totalement sous l’emprise de Kirill.

 

Arrête de rougir… arrête de rougir… mais Kirill savait se montrer si affectueux et attachant… mais il n’était pas vraiment comme ça. Alors pourquoi se comportait-il ainsi avec moi ? Ses gentils mots, ses gestes attentionnés, ils me faisaient sourire malgré tout, malgré moi. Mais la pensée de Vitaly faisait disparaître ce sourire.

 

- Merci, marmonnai-je.

 

Alors, avant même que je ne m’en rendisse compte, une main attrapa la mienne, et m’entraîna hors de la salle avec elle. Il n’y eut aucun mot pour Kirill resté derrière, et Vitaly ne cessa pas de me tirer derrière lui avant d’avoir atteint le premier étage du lycée. Puis il s’arrêta, se tourna vers moi.

 

- Fais attention à Kirill, toi, lança-t-il, presque agressif.

 

Je ne savais pas quoi dire. Mes jambes tremblaient, j’avais l’impression qu’il me traînait encore. Qu’il me faisait encore courir. J’aurais aimé qu’il continue, sans doute. Qu’il m’entraîne loin.

 

- Je…

 

- Je ne vais pas t’empêcher de l’aimer où quoi que ce soit, mais écoute moi bien gamine, il joue avec toi, d’accord ?! Et si je te dis ça c’est parce que j’en ai marre de voir mon frère foutre la merde et détruire des gens partout où il passe !

 

Je l’avais vu furieux. Furieux, mais froid. Aujourd’hui, il criait presque, il était tétanisant. Tétanisant, et pourtant j’avais cette inexplicable envie de me réfugier au creux de ses bras, parce que s’il provoquait ma peur, il pouvait aussi la calmer. Mais personne d’autre.

 

- Je sais, répondis-je. Je ne crois pas à son manège, et je ne l’aime pas.

 

Il eut un ricanement sans joie. Moi je restais bloquée sur l’utilisation du mot « gamine », qui ne m’avait absolument pas plut, surtout venant de lui. J’ajoutai donc, à voix basse, que je n’étais pas une gamine, et il tenta un sourire en coin, en me disant que j’étais trop petite par rapport à lui, et que dans les moments où il était en colère, qu’il me protégeait – en l’occurrence de Kirill –, je lui faisais penser à une petite fille. Je ne savais pas comment je devais le prendre, mais je préférais ne pas faire trop de commentaire. Il disait qu’il me protégeait. Ça me faisait plaisir.

Alors nous nous mîmes à parler un peu, je lui demandai s’il se sentait mieux que la semaine qu’il venait de passer, il répondit que oui. En fait, à chacune de mes questions, il répondait de manière très courte, par un oui, un non, un je ne sais pas. C’était différent de toutes les conversations que l’on avait pu avoir ; il ne s’investissait pas, il pensait à autre chose, il… n’était pas vraiment… là.

 

- Vitaly ? M’enquis-je après un silence.

 

C’était comme si mes mots l’avaient fait sursauter, et qu’il reprenait conscience de ma présence. Il posa directement ses yeux dans les miens, et j’eus pour ma part un réel sursaut ; il y avait dans ces iris bleu ciel une violence qui cette fois-ci n’était pas destiné à tout le monde, mais bien à moi. Une violence, une colère, une souffrance, une torture, tout ça c’était pour moi. Je fis un pas en arrière, sans y penser, et alors il sembla se rendre compte de son expression, qui changea, qui redevint plus douce, mais aussi plus distante que le seuil d’intimité que j’avais réussi à atteindre avec lui.

 

On aurait dit une panthère autrefois apprivoisée, qui avait tout oublié de nos échanges. Mais dont les souvenirs lui revenaient parfois par bribes. Ainsi son animosité, son agressivité, il finissait par les regretter, et se reprenait. Mais cela n’effaçait aucunement la peur que je venais de ressentir.

 

Il avait changé. Je ne savais pas pourquoi, mais il avait changé. Et ce changement me fit brusquement très mal. Vitaly vit mes traits se crisper. Il commença à avancer sa main en ma direction, comme pour la poser sur mon épaule, mais son bras retomba. Je fis semblant de n’avoir rien vu. Alors il essaya de sourire, mais les commissures de ses lèvres ne voulaient pas s’étirer plus haut que l’ombre d’un croissant de lune. Un sourire sur son visage, à présent cela sonnait comme une fausse note. Alors qu’il m’en avait offert, des sourires, et qu’ils le rendaient toujours plus beau, toujours plus tendre. Pourquoi ne pouvait-il plus sourire, en me voyant ?

Ces questions qui se répétaient sans interruption me rendaient folle. J’avais la gorge coincée par une boule. Mon estomac se contractait, et par-dessus tout, là où j’avais le plus mal, c’était au niveau du cœur. Ça me frappa comme un coup de poing. Alors qu’il restait à la même distance de moi, j’avais l’illusion qu’il s’en allait, qui s’éloignait. Toujours, encore. Et je criais pour qu’il reste là, mais il ne m’écoutait pas.

 

C’était si atrocement insupportable que je compris quelque chose. Kirill. Vitaly. Pour les deux. Pour les deux j’avais des sentiments. Pour les deux. Kirill savait me faire frissonner à la moindre intonation, mais Vitaly me faisait plus souffrir que n’importe qui lorsqu’il me regardait avec ces yeux là.

 

J’avais envie qu’il les abandonne. Et pour cela, il fallait le débarrasser de cette brisure, quelque part en lui. Je posai ma main sur son bras droit.  Je la laissai glisser de son épaule jusqu’à son poignet, et je touchai sa peau, car il portait une chemise noire dont il avait relevé les manches jusqu’au coude. Je tressaillis, et lui aussi.

 

Sans un regard de plus il fit demi-tour, marcha très vite et disparu en tournant à l’angle. Je me retrouvai seule, désemparée, heurtée, aussi. Je me sentis plus isolée que jamais. Il venait de disparaître, une seconde avant il était là, pourtant c’était comme s’il n’avait jamais existé, comme s’il ne s’était jamais tenu devant moi. Tout appartenait à un long rêve. Ses regards adoucis, ses rares sourires, ses expressions torturées qui s’effaçaient un peu lorsque nous parlions… j’arrivais à me convaincre que j’avais tout imaginé.

 

Mon cœur me faisait toujours mal. Je posai une main contre le mur froid à côté de moi, pour prendre appui, parce que j’aurais pu tomber.

 

Et puis alors je levai la tête et le vis réapparaître, à ce même angle où il avait disparu. Il me vit, à moitié courbée, une main sur le mur et une main sur mon cœur, regarder droit devant moi comme on regarde l’impossible. Il s’avança à grand pas, courut presque, et m’enveloppa dans ses bras, très fort, très très fort, en me caressant les cheveux, dans lesquels il noyait son visage.

 

- J’ai quelques problèmes familiaux ces derniers temps, me dit-il comme on s’excuse.

 

Il me lâcha, l’étreinte avait duré trois secondes, pris un pas de recul mais ne repartit pas.

 

- Je comprends, répondis-je.

 

Un silence gêné s’installa, mais au moins à présent je me sentais bien. Bien par sa présence. Il évitait de me regarder, peut-être était-ce mieux ainsi. Il était là.

 

Ces histoires de famille… elles semblaient lui prendre toute son énergie. Je l’étudiai plus attentivement et me rendis compte qu’il paraissait tout de même épuisé. Son visage était un peu cerné. Et sa façon d’être en général, plus lasse. Il avait une démarche plus lourde. Un intérêt plus vague quant à ce qui l’entourait. Il aurait voulu dormir, j’en étais persuadée.

 

- Tu n’as pas l’air étrangère à ce genre de problèmes, toi non plus, fit-il remarquer.

 

J’étais surprise. Avais-je fait passer une expression sur mon visage qui m’aurait trahie ? Un éclair de tristesse, de regret, de compassion qui appartient à ceux qui savent ce que l’autre traverse ? Je n’en savais pas grand-chose, mais vu l’insistance dans sa voix, il était persuadé d’avoir raison – et c’était le cas.

 

- Plus ou moins, répondis-je, évasive néanmoins.

 

- Parle m’en, somma-t-il.

 

On aurait dit un ordre, mêlé à de la curiosité. Je ne savais pas vraiment quoi répondre. Comme si mes quelques problèmes avaient une chance de l’intéresser, alors que je pouvais lire chez lui un drame, une expérience qui détruit plus qu’elle ne forge le caractère ? En parlant de caractère, Vitaly l’avait bien trempé, ça ne faisait aucun doute ! Il m’ordonnait de lui parler, il n’y avait pas d’autre mot. On entendait dans sa voix qu’il ne considérait pas de recevoir un refus.

 

- Ce n’est pas de moi qu’il s’agit, c’est de toi, soupirai-je, faisant mine de me détourner.

 

Il me rattrapa par le bras, le temps que je me retourne vers lu et m’immobilise, puis me relâcha.

 

- S’il te plaît, insista-t-il. Je préfère entendre parler de toi plutôt que le contraire.

 

Je ne savais pas ce que ça voulait dire. Il aurait pu sous-entendre qu’il en avait marre de parler de lui, ou qu’il n’avait pas envie de me mettre au courant de sa vie. Mais au delà de ça, c’était comme si ouvrir une infime partie de lui à moi le mettait en danger, comme si j’allais fuir, ou le juger, ou le mépriser. Je soupirai, résignée. Ça ne servait à rien d’argumenter, avec lui.

 

Alors je lui comptai l’histoire de ma mère, partie dès mes six ans, de son désintérêt total par rapport à ce que je pouvais devenir, de la dépression de mon père, de la fatigue de mon père, de la morosité de mon père… du malheur de mon père. Ce malheur qui teintait notre maison.

 

Dès que j’abordai ce sujet Vitaly sembla souffrir lui aussi, inexplicablement. Il fronçait les sourcils, avaient les traits crispés, les yeux pourvus d’une expression plus dure que jamais, dure et figés dans ses pensées, figées dans un passé proche, il m’en donnait l’impression. Toujours cette foutue impression. Car je n’étais jamais sûre de rien avec lui. Il était immobile. J’hésitai à poser ma main sur son épaule, de peur qu’il ne fuît à nouveau, mais je pris mon courage à deux mains. Il ne bougea pas à mon contact.

 

- Tu vas bien ? M’enquis-je avec douceur.

 

Il releva les yeux, qu’il accrocha encore aux miens. Un reste de colère subsista quelques instants puis s’évanouit totalement pour laisser place à un sentiment que je ne lui avais encore jamais vu ; la frustration.

 

Il avança d’un pas, je dus reculer. Il continua, continua d’avancer jusqu’à ce qu’il parvint à me coincer entre lui et le mur. Quel mur ? Je ne savais plus où j’étais. Je perdais le sens des réalités. Je n’avais que son parfum dans les narines, son visage devant mes yeux, et son nom dans ma tête. Il rapprocha son visage, lentement. Il ne me touchait pas. Ses bras m’entourait comme une prison humaine mais ses mains s’appuyaient au mur.

 

Il fut très près de moi, très rapidement, très lentement.

 

Il posa son front contre le mien, et ferma les yeux. Sa peau était brûlante, son souffle était un peu tremblant. J’étais statufiée.

 

Je crus – et crus seulement, bien qu’il me fut impossible de vraiment savoir – sentir ses lèvres effleurer les miennes, dans une caresse étonnement plus douce que ce que j’aurais pu penser de ce garçon si dur. Mais peut-être n’avait-ce été qu’un rêve. Au final, il déposa un baiser sec sur mon front.

 

- Pourquoi est-ce que c’est toujours si difficile de dire ce que l’on pense ? Demanda-t-il à mi-voix, frustré, désemparé, énervé, mais également pensif.

 

Je voulus répondre mais les mots ne vinrent pas. Il tourna les talons et s’en alla cette fois pour de bon.

 

 

 

Fin du chapitre dixième

Image : Je sais pas mais XD

-> C'est la fiesta my frieeeends

J'ai écrit la suite dans la matinée pour

me faire pardonner n_n j'espère que

vous avez aimééé ^.^ a bientôt normalement

<33333

  

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Breathe Into Me, un retour avant un vrai départ en bonne et due forme xD  posté le lundi 27 juillet 2009 04:00

 

Je saiiis je suis partiiie mais apparamment il fallait que je revienne

 

Je suis toujours un peu acerbe quant à la façon dont j'ai dû tout laisser tomber, pour être honnête. Je ne "regrette" pas d'avoir arrêté ST (en même temps mes sims avaient bugué, j'avais plus tellement le choix ), même si j'aurais vraiment aimé mener cette histoire à bout, mais bon...

 

Néanmoins je me suis rendue compte, en planifiant mon planning pour ma denrière semaine de Juillet (Vacances a la plage avec ma meilleure ami oyeaah xD), que pour la première fois, je restais chez moi en Aout, et que je n'avais rien de spécial de prévu (sans oublier que les amis que j'aurais pu voir seront soit partis, soit habitent à l'autre bout de la France, ou carrément de l'océan, et ont d'autres plans que voir une pauvre  petite fille comme moi ), donc ça fait que... je vais m'emmerder T_T

 

Et vu que ça me trottait dans la tête depuis longtemps, j'ai décidé de profiter de ce temps libre pour... faire une dernière histoire ! Que je compte finir ! Je ne compte pas vraiment revenir longtemps dans le monde des sims, c'est une période passée, cependant j'ai envie de me laisser cette dernière histoire.

 

Comme je l'avais expliqué au moment d'arrêter ST, pour moi, la période des sims est une période noire, même si elle m'a aidée, je n'allais pas bien (bref, on connaît le refrain  XD), et si je reviens, ce n'est en aucun cas parce que je suis retombée là dedans ^^ au contraire, je vais très très bien (à part ce putain de mois d'Aout vide de tout... désolée, ça me traumatise XD), et lorsque j'ai repensé aux sims, je me suis dit, ce serait dommage que dans ma tête ça reste une tâche noire, alors que même si mon état était faible, ça m'a quand même aidée à supporter la dépression, donc...

 

Faire une dernière histoire, en allant bien, c'est une histoire de rendre hommage à ce "passe-temps" qui m'a fait du bien, et d'en avoir un souvenir un peu plus léger !

 

Je retire donc le mot de passe de September Third, je ne sais pas si je le remettrai, ça nous verrons au moment de mon départ des sims, une fois ma nouvelle histoire finie.

 

En parlant de celle-ci, je tiens simplement à dire que maintenant que j'ai "repris pieds", les mises à jour ne seront pas aussi fréquentes qu'elles pouvaient l'être pour ST ^^ (Et les vacances ne font pas exception, car même quand il n'y a rien à faire, je sors pour profiter du soleil etc etc n_n) Et Bien évidemment, je continue ce blog fiction aussi !

 

Voilà donc l'adresse de ma nouvelle et denière histoire, j'espère vous y retrouver ! (Elle ne débutera pas avant le 3 Aout minimum !)

 

http://breathe-into-me.blog.jeuxvideo.com

 

Gwen =)

 

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Les Cicatrices, Chapitre onzième__ Partie une  posté le jeudi 17 septembre 2009 22:46

 

 

Chapitre onzième (Vitaly) partie 1/2 :

 

 

 

- Si tu m’expliques une nouvelle fois à quoi tu joues, Kirill, peut-être que je finirai par comprendre, lançai-je à mon aîné d’un ton excédé.

 

C’était le weekend, le premier weekend succédant aux vacances de Noël. De longues et longues et longues semaines avaient passées depuis le début de l’année, mais depuis quelque temps, soudain tout semblait plus vrai, plus matériel, plus vivant. C’était peut-être dû à l’hiver brutal, qui nous confrontait à la réalité. Ou peut-être, simplement, quittions-nous nos simples rêves et stratégies vengeresques pour passer à l’offensive, enfin. Le moment que j’avais attendu et redouté depuis le début de l’année. Le moment qui m’avait fait me lever le matin, manger à midi, et dormir le soir. Le moment qui avait régi mes journées, mes envies les plus simples, mes désirs les plus fous, mais aussi mes craintes les plus atroces. Le moment tant attendu, en vérité si attendu qu’il s’était accompagné lui-même d’une touche d’irréel, et qu’une fois finalement arrivé, j’y croyais à peine.

 

Et puis, mon cher grand ne rendait pas les choses bien claires ; évidemment, il avait un plan d’action. Sinon, nous ne serions pas à Moscou, en cet instant même, dans un Motel complètement pourri, à nous geler les couilles dans une chambre sans chauffage, l’écouter nous expliquer les labyrinthes sinueux de sa pensée ô combien singulière.

 

- Je soutiens Vit’, m’appuya Nikolaï. Je ne comprends rien. En gros, prendre notre revanche maintenant n’est pas le but, mais tu veux les avertir ? Depuis quand on avertit l’ennemi ? Tu crois peut-être que les Allemands nous ont prévenus à l’époque de Stalingrad ?!

 

Alors que Kirill levait au ciel ses yeux gris et méchants comme jamais le gris n’avait pu le montrer, Stanislas et Emelian hochaient également la tête. Nous étions tous arrivés ici pleins d’excitation, d’adrénaline, d’ambition, et finalement tout retombait mollement. Kirill nous perdait. Et moi, depuis huit foutus heures que nous étions là, je sentais ma colère accroître lentement, presque douloureusement, dans mon corps.

 

Il jouait, jouait littéralement, avec nos émotions, avec nous. Il savait tout ce que cela représentait pour nous, pour moi ; la satisfaction et l’immense crainte que notre acte de vengeance nous offrait. Car il y avait de quoi avoir peur, ce n’était pas sans risque, surtout en Russie, les choses comme ça. Et puis, c’était replonger dans une période qui, peut-être, aurait mieux fait d’être oubliée. La bonne réponse n’était jamais donnée, de toute façon.

 

Mais, tout personnellement, ce qui me terrifiait le plus, c’était moi-même. Mon cœur volé, présent dans une absence.

 

En d’autres termes, Irina.

 

Notre relation avait bien… évolué, au cours de ces dernières semaines. J’avais d’abord pensé, en apprenant tout au sujet de son parentage, qu’il me serait impossible de la côtoyer sans voir en elle son père, aussi coupable du fait de son stoïcisme que le prête Gabrielov. Et, en toue honnêteté, dur, ça l’avait été, au tout, tout début. Lorsque je l’avais vue débarquer dans la salle les surveillants, environ une semaine après qu’on m’ait tout révélé sur elle, une semaine à l’éviter pour ne pas la haïr, je n’avais pas pu empêcher la colère de se manifester, au moins dans mon regard. Et puis, Kirill l’avait complimentée, draguée même, et là, les sentiments avaient basculés, et avait dominé une jalousie inexpliquée, une envie de la tirer des griffes de mon frère. Je l’avais entraînée au loin. Une fois en tête à tête, la fureur revenait. Un peu alarmé par la vitesse à laquelle le ressentiment m’attrapait, j’étais parti subitement. Puis, j’étais revenu. Parce que l’idée de la laisser seule, perdue, derrière moi, m’était plus qu’insupportable.

 

Depuis ce jour, les choses étaient plus stables. J’évitais les têtes à têtes avec elle, ils me rendaient toujours nerveux, et je n’avais pas envie de… m’attacher, si tel était le mot, davantage. Néanmoins, je la voyais toujours ou presque entre midi et deux, au self, puisque Nikolaï et elle s’entendaient à merveille, et ne parlons pas de Kirill.

 

Kirill. J’’avais d’abord pensé qu’il m’interdirait de la voit, à cause de mes soi-disant sentiments pour elle (ridicule !), mais finalement, ce ne fut pas le cas. Il prohibait toujours l’attachement, cependant il avait clairement signifié qu’il était intéressant pour nous de garder Irina à nos côtés. J’avais du mal à l’accepter. Cela me donnait l’impression de l’utiliser. Et les flirts de Kirill, qui la faisaient toujours autant rougir, me faisaient, moi, vomir. Rien qu’un échange de regards entre ces deux là me donnait des envies de meurtre.

 

Enfin, Irina semblait déstabilisée, vis-à-vis de moi. Je reconnaissais qu’elle avait de quoi ; avant que Niko ne me révélât l’identité de son père, elle avait réussi à atteindre avec moi un seuil d’intimité, de confiance, presque, que personne n’avait même osé imaginer, depuis mon premier viol. Et, du jour au lendemain, plus rien. J’étais là, mais pas là. J’étais Vitaly, et puis j’étais son fantôme.

 

Irina était intelligente, elle comprenait que quelque chose s’était passé. Durant les cours qui me condamnaient à n’être qu’avec elle, elle avait plusieurs fois, et intelligemment, tenté d’aborder le sujet, mais… j’étais intelligent, moi aussi. Je savais esquiver.

 

En tous les cas, je prouvais avec beaucoup d’application que je me fichais d’elle, qu’elle ne restait dans mes fréquentations que parce que Kirill le voulait – cela m’arrachait la gueule d’agir sous ses ordres, ma fierté était fort blessée, mais j’avais passé un accord avec moi-même, celui de me maîtriser.

 

Quant à ce que je pensais vraiment d’elle… je la haïssais. Je voulais la punir. Parfois, je me montrais horriblement injuste envers elle. Mais jamais je ne me le pardonnais. Toujours, je revenais. Je la détestais tant. Jamais longtemps. Je la détestais… de temps à autres. Je la détestais, en même temps qu’autre chose.

 

Pour la première fois de ma vie, mais cette pensée là, que j’avouais déjà à peine à moi-même, je la gardai secrète, je tombai amoureux, et même, fou amoureux. Amoureux d’une jeune fille différente, d’une jeune fille qui me faisait sourire. D’une fille avec qui c’était perdu d’avance.

 

Je l’aimais, oui. Cependant son père était la barrière entre elle et moi. Mes viols étaient trop ancrés dans mon passé. Me lier d’une relation amoureuse avec elle, ce serait presque… passionnel. Et dans la passion, j’avais peur de laisser la colère exploser en même temps que l’amour. J’étais dangereux pour elle. Trop. Il fallait que je la protège de moi. Il fallait que je l’éloigne pour ne pas la mépriser entièrement. Tant que mon amour était encore suffisamment fort pour que je m’en rendisse compte.

 

Quitte à ce que l’un de nous souffre, je préfère que cela soit moi, mon amour.

 

Cette phrase fusa dans ma tête de manière inattendue. Je la rejetai avec violence, rejetai les dernières pensées que je venais d’avoir. Amoureux, moi, c’était grotesque. Je n’avais jamais connu ces sentiments, je ne pouvais pas les reconnaître. J’étais attaché, lié à elle d’une manière étrangement forte, ça, je ne pouvais le nier, mais amoureux… rah ! Mais je n’en savais rien, moi !

 

- Bande de cons, cracha Kirill en réponse à Nikolaï, et plus généralement à nous tous, m’arrachant subitement à mes débats intérieurs. Je ne veux pas prévenir le pensionnat, je veux les faire flipper ! Flipper à mort ! Je veux qu’ils comprennent qu’on est là, qu’on n’a pas oublié quoi que ce soit, qu’on rôde et qu’on en sait plus sur eux qu’eux sur nous… je veux qu’ils s’endorment avec des sueurs froides, qu’ils se réveillent en hurlant après les cauchemars qu’ils auront eus ! Je veux qu’ils comprennent qu’ils vont payer, qu’ils flippent chaque seconde à cette idée sans savoir quand ça leur arrivera ! C’est plus clair ?!

 

La hargne de mon frère donna des frissons aux trois autres. Moi, elle me fit sourire. Je m’étais immunisé, par rapport à lui, à ce personnage qu’il était devenu. Ma rancœur à son égard ? Toujours là. Il paierait, lui aussi, un jour, du mépris avec lequel il m’avait traité, de son attitude encore plus cruelle envers moi qu’envers les autres. Il me considérait comme inférieur depuis toujours, ou presque, il se foutait de moi, et un jour, je comptais bien lui prouver qu’il n’aurait jamais du. Un jour. Rien de vraiment méchant. Rien du genre de revanche que nous préparions aux tueurs de notre innocence. Mais une revanche quand même.

 

- En gros, là, on est ici pour qu’ils chient dans leur froc ? Demandai-je après quelques secondes de silence.

 

- C’est ça, répondit Kirill en plantant son regard dans le mien, traduisant silencieusement un « tu as quelque chose à redire, peut-être ? » évident.

 

Je souris de plus belle.

 

- J’adhère.

 

Emelian, Stanislas et Nikolaï me regardèrent tour à tour, tandis que mon frère et moi ne nous quittions pas des yeux, dans un instant de presque complicité. Les autres étaient surpris, voire choqués. C’était rare que j’acceptasse une idée de Kirill sans contester ne serait-ce qu’une demie seconde, et rare qu’il se montrât si… enjoué, avec moi. Mais après tout, au-delà de nos liens de sang, il y avait désormais nos liens de cœurs : non pas que nous fûmes entouré d’un quelconque reste d’amour, mais dans nos cœurs se tramait la même souffrance, et la même envie de faire payer ceux qui l’avait engendrée. A un temps comme celui-ci, nos querelles, nos combats permanents, c’était au placard. Kirill en oubliait presque de ne pas me ménager.

  

 

C’était presque l’heure pour nous de partir. Je restais allongé sur le matelas pourri du Motel pourri qui nous « accueillait ».  Je regardais le plafond – chose très originale et inattendue, chez moi. J’étais sorti de la douche au moins une demi-heure plus tôt, pourtant je n’étais toujours pas entièrement habillé. Je n’avais revêtu qu’un jean par-dessus mon caleçon. Il faisait froid, mais après tout c’était la Russie, j’étais Russe, alors j’étais habitué, et m’en foutais. En revanche mon corps, lui, ne s’en foutait pas du tout ; j’avais la chair de poule, j’étais parcouru de multiples frissons dont la force semblait accroître à chaque fois.

 

Je repris conscience du monde qui m’entourait lorsque quelqu’un me balança une chemise et un gros pull noir dessus. Je levai à peine la tête, avec un regard emmerdé typique du grand solitaire misanthrope que l’on a dérangé, et découvris l’identité de mon perturbateur. Evidemment, ça ne pouvait qu’être Kirill, alors je n’étais même pas surpris.

 

- Habille-toi au lieu d’exhiber tes abdos à tout va, déclara-t-il.

 

J’eus un sourire secret, et un brin taquin.

 

- Je sais que tu es jaloux.

 

Mon frère soupira, cacha son amusement qui, je le savais, était pourtant présent, et me tourna le dos. Lentement, paresseusement, j’entrepris d’enfiler mes vêtements.

 

Dans ma tête, c’était un tumulte de pensées. Je n’arrivais pas vraiment à réaliser que nous étions vraiment à Moscou, que nous allions vraiment nous rendre au pensionnat Tolstoï. Rien que l’idée de revoir cette immense façade austère me donnait envie de gerber. Cependant je me mentis si fort que je fus berné par moi-même, et me mis à croire que je n’avais absolument pas peur.

 

Je fus prêt très rapidement.

 

Stan, Emelian, Nikolaï et mon frère m’attendaient bien sagement à l’extérieur de la chambre ; nous étions tous vêtus de noir.

 

- On va descendre par l’escalier de service, annonçai-je, si on sort et se fait voir par le personnel, et que le lendemain on entend parler d’un scandale à Tolstoï, on est dans la merde.

 

Les autres acquiescèrent, excepté Kirill, qui lui me lança un regard assassin, le regard qui indique clairement « ici, c’est moi qui donne les ordres, pas toi. » Tant pis pour toi, frérot. Moi aussi je suis un meneur.

 

Cette prise de liberté de ma part ne connut cependant aucunes représailles.

 

Nous mîmes une bonne poignée de minute avant d’atteindre notre destination finale, et au bout de ces quelques milliers de secondes accumulées, nous étions enfin là, devant Tolstoï, devant ces immenses murs, vieux, menaçants, qui nous criaient de partir et nous incitaient à rentrer à la fois.

 

Nous étions tous les cinq devant notre passé.

 

Je me rendis compte que j’étais un plus avancé que les autres, de quelques pas seulement, et pourtant ce minuscule écart me laissait croire qu’un océan tout entier nous séparait. Il y avait eux derrière, et moi devant, moi seul, incapable de reculer pour trouver un contact humain, moi seul devant cet endroit qui m’y avait habitué, moi seul et mon acharnement à repousser la peur, l’angoisse, et puis aussi la colère, qui se frayaient en moi un passage évident.

 

Lorsqu’un bras m’agrippa les épaules, vivement, je sursautai malgré moi, le cœur battant à tout rompre. Mais mon frère ne se moqua pas de moi. Il se contenta de laisser son bras autour de mes épaules, avait une emprise ferme sur moi, mais pas impérieuse. Je le sentais mis à nu. Je le sentais aussi seul que moi. Nous nous touchions, nous ne nous touchions pas. Nos liens de sang n’étaient même plus. Ou alors ils étaient plus que jamais. Où trouver la différence entre deux extrêmes ?

Il soupira, regarda le pensionnat sans ciller lorsque je baissai toujours les yeux, intimidé par un simple bâtiment bien qu’ayant le pouvoir d’intimider l’humanité.

 

Bientôt, Nikolaï parut également à côté de moi, et glissa son bras à la manière de Kirill autour de mes épaules. Puis s’ajoutèrent Emelian et Stanislas, l’un du côté de mon frère, l’un du côté de Nikolaï. Nous devînmes une chaîne humaine. Une chaine de quatre garçons non plus en souffrance, mais en rappel de souffrance.

 

Si nos regards avaient pu faire exploser le bâtiment, je crois bien que nous n’aurions pas attendu longtemps avant de nous exécuter. Nous voulions tous cinq la même chose ; détruire ce qui nous avait détruits. La logique voudrait que nous pensâmes au père Gabrilov, et pourtant, là, maintenant, tout de suite, c’était bien cet établissement, cette pierre qui avait laissé nos appels à l’aide se répercuter en échos éternels, qui recevait toute notre rancœur.

 

Après quelques longues minutes à observer Tolstoï, je sentis une force nouvelle naître en moi. Je n’étais plus seul, je le savais. Je sentais ces bras autour de moi. J’entendais ces souffles calmes, maîtrisés, qui, à chaque expiration, et si l’on tendait bien l’oreille, trahissaient un esprit vengeresque. Nous exorcisions tout.

 

Je n’avais plus l’impression que j’allais être violé à nouveau, je n’avais plus l’impression d’être le prisonnier évadé qui retourne en prison ; plutôt le prisonnier libéré qui vient rendre visite à l’horreur.

 

Je n’étais plus un gamin qu’on utilise.

 

- On y va, lança Kirill.

 

 

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Les Cicatrices, Chapitre onzième__ Partie deux  posté le jeudi 17 septembre 2009 23:02

 

 

Chapitre onzième (Vitaly) partie 2/2 :

 

 

 

Notre chaîne humaine se brisa en apparence, mais pas en pensées.

 

Nous contournâmes la façade principale, connaissant l’endroit comme notre poche. Nous savions par où nous pouvions tenter une intrusion. Il y avait l’accès aux cuisines, situées aux sous-sols. La porte était très simple à déverrouiller.

 

- Vitaly ! M’interpela mon frère dans un chuchotement brusque.

 

- Quoi ?!

 

- Regarde, là-bas ! Il y a encore une lumière allumée. Va faire le guet, s’il fait mine d’entendre quelque chose, où de sortir, tu nous préviens !

 

Je ne cherchai pas à argumenter. Faire le guet ne m’enchantait pas, seulement il fallait avoir l’esprit pratique ; le défier maintenant, cela nous ferait perdre du temps, et je ne gagnerai rien. Alors je m’exécutai, repérant la lumière immédiatement. Je me glissai le long du mur de pierre, maudis ce contact forcé, jusqu’à parvenir en dessous de la fenêtre coupable.

 

Lentement, très lentement, je me relevai, en tentai d’apercevoir ce qu’il se passait à l’intérieur.

 

Un homme, dégarni, le peu de cheveux qu’il lui restait grisonnant, grand et maigre, assis à un petit bureau abîmé, penché sur une lettre qu’il écrivait. Ses sourcils froncés accentuaient les rides déjà bien prononcées de son front. Il paraissait accablé, malheureux. C’était le concierge. C’était… c’était…

 

Je ne voulais pas le dire. Je ne devais pas le dire. Ni même le penser. C’était le concierge, voilà tout. Le concierge. Pourtant, je ne pouvais pas prétendre que… je ne savais pas… ce qu’il était d’autre que le concierge de cet enfer. Je me résignai. J’étais la seule personne contre qui je ne pouvais pas lutter.

 

C’était le père d’Irina.

 

Cette pensée mise en place, je tentai de le voir de manière identique à avant, cependant je n’y parvins pas. Je ne savais pas si ce savoir ne rendait ma haine pour lui que plus forte, ou si, au contraire, elle l’atténuait. J’étais totalement perdu.

 

L’homme écrivait d’une main tremblante. Je devinais son écriture maladroite, un peu enfantine. Qui était le destinataire de cette lettre ? Sa fille – je ne voulais pas l’appeler par son nom –, peut-être ?

 

Plus il écrivait, plus mes souvenirs remontaient. Mes viols, sa présence, la détresse dans ses yeux à ma vue, mais son aide inexistante. Il était tout aussi responsable. J’avais toujours pensé ainsi. Et pourtant, aujourd’hui… je n’en avais pas envie. Je voulais changer d’opinion. J’étais prêt à tout pour faire preuve d’indulgence, je…

 

Mon cœur se serra alors si fort que je crus qu’il allait disparaître. L’homme, grand mais tellement fragile, explosa en larmes sur le bureau. C’est ainsi que je repris mes esprits.

 

Je ne devais pas changer d’opinion.

 

Je ne devais pas me laisser avoir par cette faiblesse là.

 

Malgré tout, tout ce que j’avais entendu d’Irina à propos de sa famille me revenait en mémoire. Je savais que la vie n’était pas tendre avec ce concierge. Je savais qu’il était misérable. Je savais tout, ou presque.

 

Mais ça ne changeait rien. Je ne devais pas faire preuve de compassion.

 

Alors je m’emplis de haine, et me forçai à me réjouir des larmes de cet enfoiré.

 

- Hé, pssst !

 

Je me retournai vivement, pour découvrir Stanislas, venu me chercher. Il m’indiqua que c’était bon, que la porte était déverrouillée.

 

Désireux de chasser cet homme de mon champ de vision, je me lançai à sa suite.

Je ne passerai pas mon temps à décrire les sentiments qui m’assaillirent dès que je me retrouvai à arpenter les couloirs froids de Tolstoï. C’était inutile, et impossible de vraiment décrire la douleur.

 

Tour à tour, nous entrâmes dans les salles de cours, après avoir dérobé les clés, dont nous savions parfaitement où se trouvaient celles de secours. Tour à tour, nous écrivîmes à la craie rouge des menaces sur les tableaux. Des rappels de notre existence, des traces des fantômes du passés. Sans donner nos noms évidemment.

 

Les élèves ne verraient jamais cela, mais nous nous en foutions. Ce qui nous intéressait, c’était les profs, et le prête.

 

Je dois avouer que tracer ces menaces avait un côté jouissif. J’étais guidé par un esprit machiavélique, je prenais plaisir à l’idée de terrifier des gens. La douleur me rendait fou, m’aveuglait.

 

Lorsque nous eûmes fait le tour de toutes les classes de tous les étages, sans entendre aucun bruit à priori, Kirill glissa le trousseau de clés dans sa poche, avec un sourire mauvais. Puis il se saisit d’un bout de craie qu’il avait conservé, et écrivit en très grand, sur un mur « A bientôt, mon père ».

 

Nous partîmes rapidement, mais en silence. Alors que nous nous apprêtions à nous fondre dans la nuit ambiante, j’eus soudain une idée. J’allais refermer la porte qui séparait les cuisines à l’extérieur, la liberté, lorsque je vis, non loin de la poignée, ce bouton rouge.

 

Nikolaï, qui m’attendait, vit ou déviait mon regard. L’attention des trois autres fut également attirée lorsqu’il me fit « non » de la tête. Mon frère s’interposa ; même lui ne m’encourageait pas. Mais rien n’allait m’arrêter. J’avais envie d’un scandale. Je voulais foutre le bordel. Je voulais que cet endroit soit sans dessus-dessous.

Alors j’appuyai.

 

- Barrez-vous ! Hurlai-je peu soucieux du bruit que je pouvais produire, lorsque l’alarme incendie s’occupait de réveiller tout le pensionnat.

 

Je crois bien qu’aucun de nous n’avait jamais couru aussi vite de toute sa vie.

  

  

- MAIS BORDEL MAIS TU ES MALADE ? Hurla pour la énième fois Kirill, alors que nous nous trouvions tous à nouveau dans notre chambre, au Motel pourri.

 

Je ne répondis rien. Je n’en avais pas envie.

 

- Tu te rends compte de la merde dans laquelle tu as failli nous mettre ? Si on s’était fait chopper, Vitaly, tous nos plans étaient foutus ! Tu ne réfléchis jamais avant d’agir ?!

 

Mon regard désinvolte attrapa le sien, furieux. Plus furieux que je ne l’avais jamais vu. Cependant cela ne me touchait pas ; j’étais imperméable, ce soir. Rien, absolument rien, ne semblait vouloir m’atteindre. Pas même le souvenir du père d’Irina. Les pierres de Tolstoï m’avaient fait des leurs.

 

- On ne s’est pas fait prendre, rétorquai-je, emmerdé. Et puis, c’était juste pour les paniquer encore plus. C’était marrant.

 

L’adjectif « marrant » état bien étrange, ainsi utilisé dans un contexte qui était tout, sauf « marrant ». Qui parlait ? Vitaly Wolkoff ? Je n’en avais même pas l’impression.

 

- Marrant ? Cracha mon frère. Marrant ?! Mais putain, Vitaly…

 

Il ne finit pas sa phrase, en revanche il se jeta sur moi pour me foutre un coup de poing monumental… du moins, il l’aurait été s’il avait atteint sa cible. Non seulement j’esquivai bien rapidement, mais en plus, Emelian et Stanislas le retinrent à temps.

 

- Du calme, Kirill ! Intervint Stan. Il a merdé, mais tout va bien, ça aurait pu mal tourner mais ce n’est pas le cas ! Alors du calme !

 

Mon frère, toujours furieux, ne me quittait pas de ses yeux gris. De mon côté, je fis comme s’il n’existait pas, et me levai tranquillement, affichant l’ombre d’un sourire, passai à quelques centimètres de lui – qui tenta de se débattre pour se ruer sur moi, sans succès –, et me dirigeai vers le couloir extérieur, où je pus allumer une cigarette.

 

Nikolaï me rejoignit aussitôt. La fumée de ma clope regagna le ciel.

 

- Tout va bien ? Demanda mon ami.

 

Je tirai une taffe, sans le regarder, ne pus détacher mon regard de cette nuit sans lune ni étoiles.

 

- Je ne suis pas moi-même, ce soir.

 

- Personne ne l’est, je crois.

 

J’acquiesçai en silence. Oui. Nous étions tous profondément bouleversés, malgré le bon fonctionnement de notre première opération.

 

Je me revis appuyer sur le bouton de l’alarme, et eus du mal à croire que c’était vraiment moi. Je grimaçai, car ce souvenir me donnait l’impression d’avoir été volé à un autre homme.

 

Bordel, ce que j’étais fatigué !

 

- Toi aussi, tu te le demandes ? M’enquis-je soudain.

 

- Qu’est-ce que tu veux dire ? Rebondit Nikolaï, les yeux ronds.

 

Je soupirai. Peut-être avais-je tort de chercher à lui parler, peut-être était-il du côté de Kirill à cent pour cent. Néanmoins je sentais chez lui un fond de pensées qui pouvaient bien s’assortir avec le mien. Et puis, si je me trompais, peu important, qu’il aille le dire à mon frère, je n’allais pas en faire des cauchemars.

 

- Où est-ce que toute cette histoire de vengeance va nous mener ? Jusqu’à quel point est-ce vraiment notre désir, ou une simple mais habile manipulation de Kirill, le seul d’entre nous à ne pas vouloir avancer ?

 

Il y eut un silence. Formuler ça à voix haute, cela faisait un putain de bien. Nikolaï m’imita e se mit à observer la nuit sans un mot, sans une réponse ; je savais tout de même qu’il en aurait une bientôt. Alors je le laissai réfléchir. Ce genre de questions nécessitait quelques minutes de méditation personnelle.

 

- Je me le demande, avoua-t-il, honnête. Mais tu dois admettre, Vitaly… ta folie passagère, ce besoin que tu as eu de déclencher l’alarme, cette envie insatiable qui t’as prise de semer le chaos… c’était toi. Pas une manipulation de Kirill, mais toi. Je pense qu’on la veut tous, cette vengeance. Après, savoir jusqu’où cela va nous mener, c’est une angoisse fondée. Je n’en sais rien, personne ne le sait. Mais j’ai l’impression qu’on se lance dans un truc quasi-éternel.

 

Il eut un frisson, après avoir dit cela. Je ne pouvais pas le blâmer, car ce fut également mon cas. Des milliards de fourmis semblaient escalader mon dos. Ma tête se vidait, mon cœur se verrouillait, le prénom d’Irina vint me hanter durant une subite seconde, puis s’effaça aussi. Je portai ma clope à mes lèvres, inspirai, expirai.

 

- Un truc quasi-éternel…, répétai-je lentement. Tu sais quoi, Niko ? Moi aussi, je le crois.

 

 

 

Fin du chapitre onzième.

Image : Vampire Knight, Yuuki & Zero °w°

 

-> Voilààà enfin une suiiiite ! Je suis désolée

pour l'attente, mais avec BIM en parallèle + la

rentrée, le boulot... enfin, comme promis, je n'abandonne

pas Vitaly & les autres n_n J'esère que vous avez aimé ce

chapitre ! Suite dès que je peux Bisouus <333

  

 

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